Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2501624

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2501624
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant bangladais, qui contestait l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine l'assignant à résidence pour 45 jours. Le juge a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière. Il a estimé que l'obligation de pointage trois fois par semaine n'était pas disproportionnée au regard de l'article 5 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la situation de l'intéressé. Enfin, le risque de traitements inhumains en cas de retour au Bangladesh (article 3) n'a pas été jugé établi, faute d'éléments probants sur l'actualité des menaces alléguées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2025 sous le numéro 2501624, M. C A, représenté par Me Parvèz Dookhy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois ;

M. A soutient que :

- l'arrêté contesté est signé par une personne ne bénéficiant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des exigences de l'article 5 de la convention européenne des droits de l'homme, en ce que la fréquence des pointages et le périmètre de l'assignation sont disproportionnées ;

- il méconnait l'article 3 de la Convention européenne en ce qu'il risque d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Bangladesh, notamment de la part de la Ligue Awami ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2025, le préfet des Hauts de Seine conclut au rejet de la requête en raison du caractère infondé des moyens énoncés ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Bories, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bories, magistrat désigné, a été lu au cours de l'audience publique du 18 février 2025, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant bangladais né le 11 octobre 1996, qui déclare être entré en France en 2022, a déposé une demande d'asile, rejetée en dernier recours par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 7 avril 2023 ; par un arrêté du 16 octobre 2024, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours ; interpellé le 26 janvier 2025 sur la voie publique pour des faits d'exercice de l'activité de transporteur public routier de marchandises sans inscription au registre, M. A a été assigné à résidence le 27 janvier suivant, dans le département des Hauts-de-Seine, pour une durée de 45 jours renouvelables deux fois, décision dont M. A demande l'annulation.

2. La décision litigieuse a été signée par Mme B, adjointe à la chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, qui disposait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté SGAD n°2025-01 du 15 janvier 2025 ; par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'agent signataire de la décision attaquée doit être écarté ;

3. La décision litigieuse ne méconnait pas le droit à la liberté et à la sûreté du requérant au motif que les pointages prévus seraient trop fréquents, et le périmètre de l'assignation trop étroit pour correspondre aux exigences de l'article 5 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; en particulier, l'intéressé, qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement récente, est dépourvu de document d'identité, tout en disposant d'une adresse dans le département des Hauts-de-Seine ; le fait qu'il soit astreint à une obligation de pointage trois jours par semaine dans ce département n'est ni disproportionné ni constitutif d'une atteinte à sa liberté d'aller et venir.

4. La décision ne méconnait pas davantage l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, alors qu'il se déclare menacé par la Ligue Awami, parti qui n'était plus au pouvoir depuis plusieurs mois à la date de la décision litigieuse, et alors qu'il n'apporte aucun élément permettant de justifier de l'actualité de ses craintes ; partant, le risque de traitements inhumains en cas de retour au Bangladesh n'est pas établi et le moyen doit être écarté ;

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2025 l'assignant à résidence, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. C A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 27 février 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

A. BoriesLa greffière,

Signé

M. D La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°25016240