Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2503944

lundi 29 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2503944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par Mme B... d’un recours pour excès de pouvoir contre la décision du 11 décembre 2024 par laquelle la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté son recours gracieux, confirmant le refus de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social. Le juge a d'abord précisé que le recours contentieux devait être regardé comme dirigé tant contre la décision initiale du 4 septembre 2024 que contre celle du 11 décembre 2024. Sur le fond, le tribunal a examiné les moyens soulevés par la requérante, notamment les vices de procédure et de forme, le défaut de motivation et l'erreur de droit, en application des articles L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et L. 300-1 du même code. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais la décision a été rendue après instruction et audience publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 12 mars 2025, Mme A... B... demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 11 décembre 2024 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social ;

2°) de condamner l’Etat aux entiers dépens, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision est entachée d’un vice de procédure relatif à son recours amiable ;
- elle est entachée d’un vice de forme, dès lors que les mentions des voies et délais de recours sur l’accusé de réception de son recours gracieux sont erronées ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen n’est pas fondé.

Des mémoires ont été enregistrés pour Mme B... le 12 septembre 2025 et n’ont pas été communiqués.

Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Bourragué, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l’audience ;
- les autres pièces du dossier ;


Vu :
- le code de la construction et de l’habitation,
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Bourragué, magistrat désigné, été entendus au cours de l’audience publique.

A l’issue de l’audience, la clôture de l’instruction a été prononcée en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Mme B... a saisi la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine d’un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente en application du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. Par une décision du 4 septembre 2024, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours. Par une décision du 11 décembre 2024, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours gracieux formé par Mme B... le 7 novembre 2024. Mme B... demande au tribunal l’annulation de la décision du 11 décembre 2024.

Sur l’étendue du litige :

Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l’encontre d’une décision administrative un recours gracieux devant l’auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L’exercice du recours gracieux n’ayant d’autre objet que d’inviter l’auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d’un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l’autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s’il est saisi, dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d’interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. Il s’ensuit que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme B... doivent être regardées comme étant dirigées contre les deux décisions des 4 septembre 2024 et 11 décembre 2024 de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l’article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l’Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. / Ce droit s’exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ». Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitat : « La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. /Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap ». Ces dispositions sont complétées par celle du deuxième alinéa de l'article R. 441-14-1 du même code, qui dispose que « Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; (…); - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret ».

Il résulte des dispositions combinées des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d’urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d’accès au logement social et justifier qu’il se trouve dans une des situations prévues au II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation et qu’il satisfait à un des critères définis à l’article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l’intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas d'une personne se prévalant de ce qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4, la commission peut refuser de reconnaître que la demande présente, à ce titre, un caractère prioritaire et urgent, en se fondant sur la circonstance que cette personne dispose déjà d'un logement. Elle ne peut toutefois légalement opposer ce motif que si le logement occupé est adapté à ses besoins. Pour apprécier si le logement occupé est adapté aux besoins du demandeur, il y a lieu de prendre en compte, d'une part, ses caractéristiques, le montant de son loyer et sa localisation, d'autre part, tous éléments relatifs aux occupants du logement, comme une éventuelle situation de handicap, qui sont susceptibles de le rendre inadapté aux besoins du demandeur.

Pour rejeter la demande de Mme B..., la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine, qui ne conteste pas que la requérante soit en situation de handicap, a estimé que la requérante ne justifiait pas, par un rapport d’ergothérapeute, le caractère inadapté de son logement au regard de son handicap. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n’impose qu’un tel rapport soit présenté par un demandeur de logement en situation de handicap afin de justifier du caractère adapté du logement qu’il occupe. Au demeurant, il résulte de l’instruction que Mme B... établit que son logement est inadapté à son handicap, lequel n’est pas contesté par le préfet en défense. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d’une erreur de fait et d’une erreur de droit.

Il résulte de tout ce qui précède que les décisions des 4 septembre 2024 et 11 décembre 2024 par lesquelles la commission de médiation a refusé de reconnaître comme prioritaire et urgente la demande de logement social de Mme B... doivent être annulées.

Sur les frais liés au litige :

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat les entiers dépens.


Par ces motifs, le tribunal décide:


Article 1er : les décisions des 4 septembre 2024 et 11 décembre 2024 par lesquelles la commission de médiation a refusé de reconnaître comme prioritaire et urgente la demande de logement social de Mme B... sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié Mme A... B... et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2025.


Le magistrat désigné,

Signé


S. BourraguéLa greffière,

Signé


E. Prigent

La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition
La greffière