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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2506342

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2506342

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2506342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantDE CAUMONT ERIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 avril 2025 et 20 avril 2026,
M. A... B..., représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

d’annuler la décision « 48 SI » par laquelle le ministre de l’intérieur a invalidé son permis de conduire ainsi que les décisions portant retrait de points auxquelles elle se réfère, à la suite des infractions commises les 1ᵉʳ août 2020, 4 avril 2021, 20 février 2022, 4 avril 2023, 25 avril 2024 et 19 août 2024 ;

d’enjoindre au ministre de l’intérieur de reconstituer son capital de points et de lui restituer son permis de conduire dans un délai d’un mois à compter du jugement à intervenir ;

de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
il n’a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion des retraits de points ;
s’agissant de l’infraction du 4 avril 2023, la décision référencée « 48 SI » est insuffisamment motivée dès lors que la seule mention de la sanction pénale ne permet pas de vérifier son caractère définitif et donc d’établir la réalité de l’infraction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2026, le ministre de l’intérieur conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :
les mentions des infractions des 25 avril 2024 et 19 août 2024 et de la décision
48 SI du 20 mars 2025 ont été supprimées du relevé d’information intégral de sorte qu’il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions afférentes ;
les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 4 avril 2021 et 20 février 2022 sont irrecevables pour cause de forclusion ;
les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
le code de la route ;
le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Rolin a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. B... a commis les 1ᵉʳ août 2020, 4 avril 2021, 20 février 2022, 4 avril 2023, 25 avril 2024 et 19 août 2024 diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait des douze points affectés à son permis de conduire. Par une décision « 48 SI » en date du 20 mars 2025, le ministre de l’intérieur a notifié à M. B... le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, l’invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul. M. B... demande l’annulation de la décision « 48 SI » et des décisions de retrait de points afférentes aux infractions précitées.

Sur l’étendue du litige :

En premier lieu, il résulte de l’instruction, et notamment du relevé d’information intégral en date du 27 mars 2026, produit par le ministre de l’intérieur en défense, que les infractions commises les 25 avril 2024 et 19 août 2024 ont été supprimées du dossier du requérant. A la suite de ces suppressions, le solde de points du permis de conduire du requérant est provisoirement redevenu positif et la mention de la décision 48 SI du 20 mars 2025 a également été supprimée. Elle doit, dès lors être regardée comme ayant été retirée. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l’annulation de la décision 48 SI du 20 mars 2025 et des décisions de retrait de points à la suite des infractions commises les 25 avril 2024 et 19 août 2024 sont devenues dans cette mesure sans objet. Il n’y a plus lieu d’y statuer.

En second lieu, aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée (…) ». L’article R. 421-5 du même code dispose : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu’à la condition d’avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ». Aux termes de l’article L. 112-3 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute demande adressée à l’administration fait l’objet d’un accusé de réception (…) ». Aux termes de l’article L. 411-2 du même code : « Toute décision administrative peut faire l’objet, dans le délai imparti pour l’introduction d’un recours contentieux, d’un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l’encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l’exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l’égard de la décision initiale que lorsqu’ils ont été l’un et l’autre rejetés. ». Il résulte de ces dispositions qu’un recours hiérarchique introduit dans le délai du recours contentieux interrompt ce délai. Un tel recours constitue une demande. Par suite, le délai de recours contentieux qui recommence à courir n’est opposable qu’à la condition d’avoir été mentionné, soit dans l’accusé de réception du recours gracieux lorsque celui-ci a fait l’objet d’un rejet implicite, soit dans la décision rejetant expressément ce recours hiérarchique.

La notification d’une décision relative au permis de conduire doit être regardée comme régulière lorsqu’elle est faite à une adresse correspondant effectivement à une résidence de l’intéressé. Dans la décision procédant au retrait des points d’un permis de conduire, établie selon un modèle de lettre « 48 N », le ministre récapitule les informations relatives au retrait des points et notamment à l’obligation de suivre un stage de sensibilisation à la sécurité routière. Cette lettre mentionne les voies et délais de recours ouverts à l’encontre de ladite décision.

Il incombe à l’administration, lorsqu’elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d’une action introduite devant une juridiction administrative, d’établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l’intéressé. En cas de retour à l’administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l’adresse de l’intéressé, dès lors du moins qu’il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l’enveloppe, soit, à défaut, d’une attestation du service postal ou d’autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d’instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d’une notification régulière le pli recommandé retourné à l’administration auquel est rattaché un volet « avis de réception » sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l’enveloppe ou sur l’avis de réception, l’indication du motif pour lequel il n’a pu être remis.

D’une part, il résulte de l’instruction, notamment des mentions du relevé d’information intégral du requérant et de l’avis de réception 2C15544631948 produit par le ministre et correspondant au numéro figurant sur le relevé d’information intégral, que l’infraction relevée le 4 avril 2021 a donné lieu à l’édiction de la décision référencée « 48N » adressée au requérant par lettre recommandée avec accusé de réception. La décision référencée « 48N » portant retrait de quatre points a été réceptionnée par M. B... le 7 décembre 2021 qui a signé l’avis de réception de la lettre recommandée produit par le ministre de l’intérieur. Cette décision a, ainsi, été notifiée à l’adresse de M. B... au 3 rue de la Ravine de Glatigny 95280 Jouy le Moutier. Il s’ensuit que les conclusions tendant à l’annulation de cette décision en litige, qui comportait la mention des voies et délais de recours, présentée au greffe de ce tribunal le 11 avril 2025, soit après l’expiration du délai de recours de deux mois fixé par les dispositions de l’article R. 421-1 du code de justice administrative, sont tardives.

D’autre part, il résulte de l’instruction, notamment des mentions du relevé d’information intégral du requérant et de l’avis de réception 2C15555314243 produit par le ministre et correspondant au numéro figurant sur le relevé d’information intégral, que l’infraction relevée le 20 février 2022 a donné lieu à l’édiction de la décision référencée
« 48N » adressée au requérant par lettre recommandée avec accusé de réception. La décision référencée « 48N » portant retrait de trois points a été réceptionnée par M. B... le
17 septembre 2022 qui a signé l’avis de réception de la lettre recommandée produit par le ministre de l’intérieur. Cette décision a, ainsi, été notifiée à l’adresse de M. B... au 3 rue de la Ravine 95280 Jouy le Moutier. Il s’ensuit que les conclusions tendant à l’annulation de cette décision en litige, qui comportait la mention des voies et délais de recours, présentée au greffe de ce tribunal le 11 avril 2025, soit après l’expiration du délai de recours de deux mois fixé par les dispositions de l’article R. 421-1 du code de justice administrative, sont tardives.

Sur le surplus des conclusions :

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Sur le moyen tiré d’un défaut de motivation :
Aux termes de l’article 1er de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. - A cet effet doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l’exercice des libertés publiques ou, d’une manière générale, constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article 3 de la même loi : « La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Aux termes du troisième alinéa de l’article L. 223-3 du code de la route : « Le retrait de points est porté à la connaissance de l’intéressé par lettre simple quand il est effectif ».
Il résulte de l’instruction que la décision ministérielle contestée « 48 SI » du 20 mars 2025 précise que M. B... a fait l’objet le 4 avril 2023 d’un procès-verbal pour avoir commis une infraction au code de la route, dont la réalité a été établie par une condamnation, devenue définitive, prononcée le 26 janvier 2024 et rappelle à l’intéressé le retrait de points consécutif à l’infraction commise le 4 avril 2023, ainsi que la sanction pénale attachée à cette infraction, indique que le solde de points de son permis est nul et qu’il devra le restituer et mentionne les dispositions du code de la route applicables à sa situation. Cette décision, qui n’est pas stéréotypée, contient les éléments de fait et de droit permettant à son destinataire de connaître ses motifs. Dans ces conditions, elle satisfait à l’obligation de motivation imposée par les dispositions précitées de l’article 3 de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 et le moyen tiré d’une insuffisance de motivation est ne peut être que rejeté.

Sur le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l’intéressé est avisé qu’une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l’article L. 223-2, de l’existence d’un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d’exercer le droit d’accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu’il est fait application de la procédure de l’amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l’auteur de l’infraction est informé que le paiement de l’amende ou l’exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l’infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l’existence d’un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d’exercer le droit d’accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d’une infraction entraînant retrait de points, l’auteur de celle-ci est informé qu’il encourt un retrait de points si la réalité de l’infraction est établie dans les conditions définies à l’article L. 223-1. II. - Il est informé également de l’existence d’un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d’accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d’accès aux informations ci-dessus mentionnées s’exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. (…) ».

Il résulte de ces dispositions que l’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie, que si l’auteur de l’infraction s’est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tout moyen, qu’elle a satisfait à cette obligation d’information.

En ce qui concerne l’infraction commise le 1ᵉʳ août 2020 :
Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d’infraction entraînant retrait de points, l’ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l’intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l’agent selon laquelle le contrevenant a refusé d’apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Enfin, la mention « N/A » possède également la même valeur probante durant toute la période d’application des règles sanitaires alors applicables pour lutter contre le Covid-19, dès lors qu’elle permet d’attester que le contrevenant a pu prendre connaissance de ces informations, sans qu’il ait eu à apposer sa signature sur le document.

Il résulte du procès-verbal relatif à l’infraction constatée le 1ᵉʳ août 2020, produit par le ministre de l’intérieur, que cette infraction a été constatée dans les conditions prévues par les dispositions citées et que le contrevenant a apposé sa signature sur la page écran qui lui était présentée. Dans ces conditions, le ministre de l’intérieur apporte la preuve que M. B... reçu les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

En ce qui concerne l’infraction commise le 4 avril 2023 :

Il résulte du relevé d’information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. B..., que la réalité de l’infraction commise le 4 avril 2023 par M. B... a été établi par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal le 26 janvier 2024. Le ministre produit, au demeurant, à l’appui de ses écritures, une copie de l’ordonnance pénale. M. B... qui se borne à contester l’insuffisance de motivation de la décision référencée « 48 SI » en tant qu’elle mentionne cette condamnation, n’établit pas qu’il aurait formé l’opposition prévue par l’article 495-3 du code de procédure pénale alors qu’en tout état de cause cette condamnation a acquis, ainsi qu’il a été dit, un caractère définitif selon le relevé d’information intégral. Par suite, et en l’état de l’instruction, ses conclusions tendant à l’annulation de la décision du ministre de l’Intérieur portant retrait de six points de son permis de conduire pour cette infraction ne peuvent qu’être rejetées.

Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions aux fins d’annulation ne peut qu’être rejeté et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction et celles présentées par M. B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.

DECIDE :



Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l’annulation de la décision 48SI du 20 mars 2025 et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 25 avril 2024 et 19 août 2024.


Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.


Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.

La magistrate désignée,
signé
E. Rolin
La greffière,
signé
S. Lefebvre



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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