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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2506380

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2506380

mercredi 28 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2506380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision implicite du préfet du Val-d'Oise refusant de délivrer une carte de résident à M. A..., ressortissant afghan reconnu réfugié par la Cour nationale du droit d'asile. La solution retenue est fondée sur les articles L. 424-1 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance de plein droit d'une carte de résident de dix ans aux réfugiés. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer ce titre dans un délai de deux mois, sans astreinte, et a condamné l'État à verser 1 200 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2025, M. B... A..., représenté par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer une carte de résident ;

3°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident, à titre subsidiaire, de lui délivrer une attestation de prolongation d’instruction avec autorisation de travail dans un délai de dix jours à compter de la date du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre très subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit au regard des articles L. 424-1 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.


La requête a été communiquée au préfet du Val-d’Oise qui n’a pas produit de mémoire.


Vu :

- la décision n° 23051903 du 6 mai 2024 de la Cour nationale du droit d’asile ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Le rapport de Mme Beauvironnet, rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.


Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant afghan né le 9 octobre 2001 à Nangarhar, a été reconnu réfugié par une décision n° 23051903 de la Cour nationale du droit d’asile du 6 mai 2024. Le 4 juin 2024, il a sollicité la délivrance d’une carte de résident en sa qualité de réfugié sur le téléservice de l’ANEF et a été mis en possession d’une attestation de prolongation d’instruction qui a expiré le 3 décembre 2024. Par la présente requête, il demande au tribunal l’annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer une carte de résident.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ». L’article R. 424-1 de ce code prévoit que : « Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 6 mai 2024, la Cour nationale du droit d’asile a reconnu à M. A... la qualité de réfugié. Le requérant entre ainsi dans la catégorie des personnes pouvant bénéficier de plein droit de la carte de résident en application de l’article L. 424-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Val-d’Oise, qui n’a pas produit d’observation en défense, n’invoque aucun motif lui permettant de refuser légalement la délivrance de la carte de résident demandée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 424-1 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.

Il résulte de ce qui précède que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision implicite du préfet du Val-d’Oise portant refus de délivrance d’une carte de résident.


Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. »

Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve de toute modification de fait ou de droit, d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise ou tout autre préfet territorialement compétent en fonction du lieu de résidence actuel de l’intéressé, de délivrer à M. A... une carte de résident dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.





D E C I D E :



Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer une carte de résident à M. A... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise ou au préfet territorialement compétent de délivrer une carte de résident à M. A... dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. A... une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Val d'Oise.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Mme Beauvironnet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2026.

La rapporteure,
signé
E. Beauvironnet
La présidente,
signé
S. Edert




La greffière,


signé


S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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