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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2506674

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2506674

mardi 2 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2506674
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantJEAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule l’arrêté du 6 mars 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé un titre de séjour à Mme C..., ressortissante ivoirienne, et l’a obligée à quitter le territoire. La juridiction estime que cette décision méconnaît l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, compte tenu de la durée de séjour de l’intéressée (plus de six ans), de sa scolarisation et insertion professionnelle, et de la présence régulière de plusieurs membres de sa famille en France. En conséquence, le tribunal enjoint au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2025, Mme B... C..., représentée par Me Jean, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 6 mars 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et de la munir dans l’attente d’une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Mme C... soutient que :

- l’arrêté attaqué est entaché d’incompétence ;
- il est insuffisamment motivé et est entaché d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché d’une erreur de droit et méconnaît l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2025, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête et transmet les pièces utiles du dossier.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de M. Jacquinot a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :


Mme B... C..., de nationalité ivoirienne, née le 25 avril 2004, fait valoir être entrée sur le territoire français le 23 août 2018 de manière régulière. Le 11 juin 2024, elle a déposé une demande de titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 6 mars 2025, le préfet du Val d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Mme C..., de nationalité ivoirienne, née le 25 avril 2004, est entrée sur le territoire français le 23 août 2018. Elle a été scolarisée à compter de son entrée sur le territoire français, du collège à la réalisation d’un certificat d’aptitude professionnel d’accompagnant éducatif dont elle a été diplômée le 14 octobre 2022, avec la mention complémentaire d’aide à domicile en juillet 2023, et est intégrée professionnellement depuis août 2023 en tant qu’agent de propreté. Il ressort également des pièces du dossier que Mme C... réside en France depuis plus de 6 ans ainsi que plusieurs membres de familles, notamment son père, sa belle-mère, son beau-frère et de sa belle-sœur, tous en situation régulière, et qu’elle a établi des liens familiaux intenses avec ces derniers en participant à leur éducation. Enfin, Mme C... fait valoir sans être sérieusement contredite qu’elle ne dispose pas de liens avec sa mère dans son pays d’origine, ayant été élevée par ses grands-parents paternels jusqu’à son arrivée en France. Dès lors, l’intéressée doit être regardée comme ayant situé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Dans ces conditions, l’autorité préfectorale a porté au droit de l’intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision lui refusant un titre de séjour a été prise, en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l’arrêté du préfet du Val-d'Oise du 6 mars 2025 doit être annulé en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
Eu égard au motif d’annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à Mme C... d’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale ». Par suite, il y a uniquement lieu d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu, dans l’immédiat, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais du litige :
Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




D E C I D E :



Article 1er : L’arrêté du préfet du Val-d’Oise du 6 mars 2025 est annulé.


Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise de délivrer à Mme C... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.


Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.



Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... C... et au préfet du Val-d’Oise.




Délibéré après l'audience du 12 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
M. Jacquinot, conseiller,



Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2025.





Le rapporteur,
Signé
M. Jacquinot

Le président,
Signé
T. Bertoncini

La greffière,


Signé


M. A...




La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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