Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 18 mai et 11 novembre 2025, M. A... B... demande au tribunal :
d’annuler la décision « 48 SI » notifiée le 18 mars 2025 portant invalidation de son permis de conduire et les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 10 juillet 2024, 2 août 2024 et 30 août 2024 ;
d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui restituer les points illégalement retirés à compter de la notification du jugement à intervenir.
Il soutient que :
- les décisions de retrait de points afférentes aux infractions susmentionnées ne lui ont pas été notifiées ;
- il n’a pas été invité à présenter ses observations préallablement au retrait de ces points ;
- l’obligation de communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion des retraits de points n’a pas été respectée ;
- la réalité de l’infraction relevée le 10 juillet 2024 n’est pas établie ;
- la décision de retrait de points consécutive à l’infraction du 10 juillet 2024 méconnait le principe de la présomption d’innocence garanti par les articles 9 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et 6 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales dès lors qu’il a contesté cette infraction auprès de l’officier du ministère public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2025, le ministre de l’intérieur conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que :
-
la décision « 48 SI » notifiée le 18 mars 2025 a été supprimée du relevé d’information intégral de M. B... ;
-
le point consécutif à l’infraction du 2 août 2024 a été restituée au requérant le
19 février 2025 ;
- les conclusions dirigées contre la décision de retrait de points consécutive à l’infraction relevée le 10 juillet 2024 sont tardives ;
-
les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un mémoire en réplique enregistré le 1er février 2026, M. B... demande au tribunal :
1°) d’annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 12 mars 2025 et 18 mai 2025 ;
2°) d’enjoindre au ministre de lui restituer les points retirés à la suite de ces infractions.
En application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le jugement à intervenir était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de l’irrecevabilité des conclusions à fin d’annulation dirigées contre les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions relevées les
12 mars 2025 et 18 mai 2025, présentées le 1er février 2026, postérieurement à l’expiration du délai de recours contentieux de deux mois.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
le code de procédure pénale ;
le code de la route ;
le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Rolin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
A la suite d’infractions au code de la route, le ministre de l’intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. B.... Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l’intérieur a, par décision « 48 SI » notifiée le 18 mars 2025, prononcé l’invalidation de ce permis et ordonné à M. B... de restituer son titre de conduite. M. B... demande l’annulation des décisions de retraits de points prononcés à la suite des infractions relevées les 10 juillet 2024, 2 août 2024, 30 août 2024, 12 mars 2025 et 18 mai 2025 ainsi que de la décision « 48 SI » notifiée le 18 mars 2025 portant invalidation de son permis de conduire.
Sur le non-lieu partiel :
D’une part, il résulte du relevé d’information intégral afférent au permis de conduire de M. B... produit par le ministre de l’intérieur en défense et édité le
18 septembre 2025 que les mentions de la décision « 48 SI » notifiée le 18 mars 2025 ont été supprimées du dossier du requérant. En outre, les mentions relatives à l’infraction du
10 juillet 2024 ont été supprimées du dossier de M. B.... D’autre part, le point retiré à la suite de l’infraction relevée 2 août 2024 a été restitué. Il s’en déduit que la décision « 48 SI » en litige et les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 10 juillet 2024 et 2 août 2024 doivent donc être regardées comme ayant été retirées par le ministre de l’intérieur postérieurement à l’introduction de la requête. Il n’y a donc plus lieu d’y statuer.
Sur l’étendue du litige :
En application du principe d’immutabilité de l’instance, M. B... ne pouvait présenter de nouvelles conclusions tendant à changer l’étendue de ses conclusions à fin d’annulation introduites initialement, au-delà du délai de recours contentieux de deux mois soit avant le 18 juillet 2025. Par conséquent, M. B... dont la requête initiale tendait, seulement à l’annulation de la décision « 48 SI » notifiée le 18 mars 2025 portant invalidation de son permis de conduire et les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 10 juillet 2024, 2 août 2024 et 30 août 2024, ne pouvait présenter des conclusions tendant à l’annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les
12 mars 2025 et 18 mai 2025, après l’expiration du délai de recours contentieux, intervenue en l’espèce le 18 juillet 2025. Les conclusions tendant à l’annulation de ces décisions de retrait de points ayant été présentées à l’appui du mémoire complémentaire enregistré le 1er février 2026, soit au-delà du délai précité, sont irrecevables et doivent donc être rejetées.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions successives de retrait de points :
Aux termes de l’article L. 223-1 du code de la route : « Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / (…).». En application de l’article L. 223-3 du même code : « Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique ». Aux termes de l’article L. 223-5 du même code : « En cas de retrait de la totalité des points, l'intéressé reçoit de l'autorité administrative l'injonction de remettre son permis de conduire au préfet de son département de résidence et perd le droit de conduire un véhicule. ».
Si M. B... soutient qu’il n’a pas été destinataire des décisions successives portant retrait de points de son permis de conduire, les conditions de notification des décisions de retrait de points ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l’intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l’administration ne soit pas en mesure d’apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée au demeurant par lettre simple, dans le respect des dispositions du code de la route, a bien été reçue par son destinataire, est sans incidence sur la légalité de ces décisions de retrait de points. Dès lors, M. B... ne saurait utilement se prévaloir de ce que les décisions de retrait de points ne lui auraient pas été notifiées pour en contester la légalité. Par suite, ce moyen ne peut qu’être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne le moyen tiré du principe du contradictoire :
Il résulte des dispositions du code de la route relatives au retrait de points, et notamment des articles L. 223-1 et suivant de ce code, que le législateur a entendu déterminer l’ensemble des règles de procédure administrative auxquelles sont soumis les retraits de points, y compris celles propres à assurer les droits de la défense. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que les décisions attaquées auraient été prises en méconnaissance des dispositions de l’article 24 de la loi du 12 avril 2000, qui sont en outre abrogées depuis le 1er janvier 2016 et ont été remplacées par les dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration s’agissant du caractère contradictoire de la procédure.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d’information :
Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l’intéressé est avisé qu’une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l’article L. 223-2, de l’existence d’un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d’exercer le droit d’accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu’il est fait application de la procédure de l’amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l’auteur de l’infraction est informé que le paiement de l’amende ou l’exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l’infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l’existence d’un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d’exercer le droit d’accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d’une infraction entraînant retrait de points, l’auteur de celle-ci est informé qu’il encourt un retrait de points si la réalité de l’infraction est établie dans les conditions définies à l’article L. 223-1. II. - Il est informé également de l’existence d’un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d’accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d’accès aux informations ci-dessus mentionnées s’exerce dans les conditions fixées par les articles
L. 225 1 à L. 225-9. (…) ».
Il résulte de ces dispositions que l’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie, que si l’auteur de l’infraction s’est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tout moyen, qu’elle a satisfait à cette obligation d’information.
Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, le moyen tiré de l’irrégularité de la procédure s’agissant des infractions en cause, qui manque en fait, doit être écarté.
Il résulte de l'instruction que le procès-verbal électronique du 30 août 2024 constatant l’infraction commise le même jour comporte la mention « refus de signer » ainsi que l’ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le moyen tiré de ce que M. B... n’aurait pas reçu l’ensemble de l’information prescrite par les articles L. 223‑3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté pour cette infraction.
Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions à fin d’annulation de la requête doit être rejetée. Par voie de conséquence du rejet du surplus des conclusions à fin d’annulation, les conclusions à fin d’injonction doivent également être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tenant à l’annulation de la décision « 48 SI » notifiée le 18 mars 2025 et des décisions de retrait de points correspondant aux infractions commises les 10 juillet 2024 et 2 août 2024.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La magistrate désignée,
signé
E. Rolin
La greffière,
signé
S. Lefebvre
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.