Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 mai 2025, M. B... A..., représenté par Me Tissot, demande au tribunal :
d’annuler les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 1er mai 2015, 25 juillet 2015, 11 janvier 2016, 17 septembre 2016, 25 août 2017, 18 septembre 2017, 31 mai 2018 à 18h47 et à 19h47, 22 novembre 2018, 18 janvier 2021,
16 août 2022, 22 août 2022, 25 août 2022, 21 mars 2024, 18 mars 2025, 1er avril 2025 et
2 avril 2025 et la décision « 48 SI » du 8 mai 2025 portant invalidation de son permis de conduire ;
d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui restituer les points illégalement retirés en en tirant lui-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’obligation de communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion des retraits de points n’a pas été respectée ;
- le relevé d’information intégral n’a pas de force probante pour établir qu’il a bien reçu les informations préalables.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2025, le ministre de l’intérieur conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que :
-
le solde de points du permis de conduire, crédité de six points étant redevenu positif, il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions portant sur la décision 48 SI qui doit être regardée comme ayant été retirée ;
-
les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
le code de procédure pénale ;
le code de la route ;
le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Rolin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
A la suite d’infractions au code de la route commises les 1er mai 2015, 25 juillet 2015, 11 janvier 2016, 17 septembre 2016, 25 août 2017, 18 septembre 2017, 31 mai 2018 à 18h47 et à 19h47, 22 novembre 2018, 18 janvier 2021, 16 août 2022, 22 août 2022, 25 août 2022, 21 mars 2024, 18 mars 2025, 1er avril 2025 et 2 avril 2025, le ministre de l’intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. A.... Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l’intérieur a, par décision « 48 SI » du 8 mai 2025, prononcé l’invalidation de ce permis et ordonné à M. A... de restituer son titre de conduite. L’intéressé demande l’annulation des retraits de points prononcés à la suite des infractions précitées ainsi que de la décision « 48 SI » du 8 mai 2025 portant invalidation de son permis de conduire.
Sur le non-lieu partiel :
D’une part, il résulte du relevé d’information intégral afférent au permis de conduire de M. A... produit par le ministre de l’intérieur en défense et édité le 6 octobre 2025 que les mentions de la décision « 48 SI » du 8 mai 2025 ont été supprimées du dossier du requérant, le solde de points du permis de conduire, redevenu positif, étant crédité de six points, à la suite de la prise en considération du stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 14 et 15 avril 2025. Il s’en déduit que la décision « 48 SI » du 8 mai 2025 portant invalidation du permis de conduire de M. A... pour solde de points nul doit donc être regardée comme ayant été retirée par le ministre de l’intérieur postérieurement à l’introduction de la requête. D ’autre part, les points retirés à la suite des infractions relevées les 1er mai 2015, 25 juillet 2015, 11 janvier 2016, 17 septembre 2016, 25 août 2017, 18 septembre 2017, 31 mai 2018 à 18h47, 22 novembre 2018, 18 janvier 2021, 16 août 2022, 22 août 2022, 25 août 2022 et 21 mars 2024 ont été restitués. Il n’y a donc plus lieu de statuer sur les décisions de retrait de points consécutives aux infractions précitées ainsi que sur la décision « 48 SI » en litige.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne les conclusions à fin d’annulation :
S’agissant du moyen tiré du défaut de force probante du relevé d’information intégral :
M. A... se borne à soutenir que le relevé d’information intégral n’a aucune valeur probante, sans faire état d’aucun élément de nature à mettre en doute l’exactitude des mentions figurant sur ce document. Par suite, le moyen doit être écarté.
S’agissant du moyen tiré du défaut d’information :
Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l’intéressé est avisé qu’une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l’article L. 223-2, de l’existence d’un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d’exercer le droit d’accès conformément aux articles
L. 225 1 à L. 225-9. Lorsqu’il est fait application de la procédure de l’amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l’auteur de l’infraction est informé que le paiement de l’amende ou l’exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l’infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l’existence d’un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d’exercer le droit d’accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d’une infraction entraînant retrait de points, l’auteur de celle-ci est informé qu’il encourt un retrait de points si la réalité de l’infraction est établie dans les conditions définies à l’article L. 223-1. II. - Il est informé également de l’existence d’un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d’accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d’accès aux informations ci-dessus mentionnées s’exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. (…) ».
Il résulte de ces dispositions que l’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie, que si l’auteur de l’infraction s’est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tout moyen, qu’elle a satisfait à cette obligation d’information.
Quant aux infractions des 31 août 2018 à 19h47, 18 mars 2025, 1er avril 2025 et 2 avril 2025 :
Lorsqu’il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l’amende forfaitaire prévue à l’article 529 du code de procédure pénale au titre d’une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu’il a nécessairement reçu l’avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l’administration s’est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l’amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l’intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l’avis qu’il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d’un avis inexact ou incomplet.
Il résulte de l’instruction, et notamment des mentions du relevé intégral des informations relatives au permis de conduire de M. A..., que le requérant a payé les amendes forfaitaires correspondant aux infractions commises les 31 août 2018 à 19h47, 18 mars 2025, 1er avril 2025 et 2 avril 2025 et constatées par radar automatique. Ce paiement permet d’établir qu’il a bien reçu les avis de contravention, qui sont établis selon les indications prévues par l’article A. 37-8 du code de procédure pénale et qui comportent les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le requérant n’apportant aucun élément tendant à démontrer que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets au regard des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations requises ont été délivrées au contrevenant. Dès lors, le moyen ne peut qu’être écarté comme manifestement infondé.
Quant à l’infraction du 16 août 2022 :
Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, ou est constatée sans interception du véhicule et à l’aide d’un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération.
Il résulte de l’instruction, et notamment du relevé intégral des informations relatives au permis de conduire que le requérant a payé l’amende forfaitaire correspondant à l’infraction relevée le 16 août 2022 et constatée par procès-verbal électronique. Ce paiement permet d’établir que l’intéressé a bien reçu l’avis de contravention, qui est établi selon les indications prévues par l’article A. 37-8 du code de procédure pénale et qui comporte les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le requérant n’apportant aucun élément tendant à démontrer que le document qui lui a été envoyé serait inexact ou incomplet au regard des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations requises ont été délivrées au contrevenant. Dès lors, le moyen ne peut qu’être écarté comme manifestement infondé.
Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions à fin d’annulation de la requête doit être rejetée.
En ce qui concerne les conclusions à fin d’injonction :
Par voie de conséquence du rejet du surplus des conclusions à fin d’annulation, les conclusions à fin d’injonction doivent également être rejetées.
En ce qui concerne les frais de l’instance :
Dans les circonstances de l’espèce, il n’y pas lieu de mettre à la charge de l’Etat, la somme de 2 000 présentée par le requérant sur le fondement des dispositions de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête relatives aux décisions « 48 SI » du 8 mai 2025 et de retrait de points correspondant aux infractions des 1er mai 2015, 25 juillet 2015, 11 janvier 2016, 17 septembre 2016, 25 août 2017, 18 septembre 2017, 31 mai 2018 à 18h47, 22 novembre 2018, 18 janvier 2021, 16 août 2022, 22 août 2022, 25 août 2022 et 21 mars 2024.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La magistrate désignée,
signé
E. Rolin
La greffière,
signé
S. Lefebvre
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.