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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2510552

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2510552

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2510552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantDE CAUMONT ERIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 6 juin 2025 et 26 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Tissot, demande au tribunal :

d’annuler les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 13 octobre 2019, 8 mars 2021, 11 avril 2022, 17 juillet 2023 et 23 août 2024 et la décision « 48 SI » du 15 mai 2025 portant invalidation de son permis de conduire ;

d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui restituer les points illégalement retirés en en tirant lui-même toutes les conséquences sur le capital de points et son droit de conduire dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- il n’a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion des retraits de points ;
- la réalité des infractions n’est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2026, le ministre de l’intérieur conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.


Il fait valoir que :
-
les mentions de l’infraction du 11 avril 2022 et de la décision 48 SI du 15 mai 2025 ont été supprimées du relevé d’information intégral de sorte qu’il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions afférentes ;
-
les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier ;


Vu :
le code de procédure pénale ;
le code de la route ;
le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Rolin a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

A la suite d’infractions au code de la route, le ministre de l’intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. B.... Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, crédité de douze points, était nul, le ministre de l’intérieur a, par décision « 48SI » du 15 mai 2025, prononcé l’invalidation de ce permis et a ordonné à l’intéressé de restituer son titre de conduite. Par sa requête, M. B... demande l’annulation de la décision référencée « 48 SI » du 15 mai 2025 par laquelle le ministre de l’intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul et les décisions antérieures portant retrait de points à la suite des infractions commises les 13 octobre 2019, 8 mars 2021, 11 avril 2022, 17 juillet 2023 et 23 août 2024.

Sur le non-lieu partiel :

Il résulte du relevé d’information intégral afférent au permis de conduire de M. B... produit par le ministre de l’intérieur en défense et édité le 28 janvier 2026 que les mentions tant de la décision référencée « 48 SI » du 15 mai 2025 que de l’infraction commise le 11 avril 2022 ont été supprimées du dossier du requérant, le permis de conduire étant redevenu valide. Il s’en déduit que la décision « 48 SI » en litige portant invalidation du permis de conduire de M. B... et la décision de retrait de points consécutive à l’infraction du 11 avril 2022 doivent donc être regardées comme ayant été retirées par le ministre de l’intérieur postérieurement à l’introduction de la requête. Il n’y a donc plus lieu d’y statuer.


Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne les conclusions à fin d’annulation :

S’agissant du moyen tiré du défaut de force probante du relevé d’information intégral :

M. B... se borne à soutenir que le relevé d’information intégral n’a aucune valeur probante, sans faire état d’aucun élément de nature à mettre en doute l’exactitude des mentions figurant sur ce document. Par suite, le moyen doit être écarté.

S’agissant du moyen tiré du défaut d’information :

Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. (…) ».

Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d’une infraction entraînant retrait de points, l’auteur de celle-ci est informé notamment qu’il encourt un retrait de points si la réalité de l’infraction est établie dans les conditions définies à l’article L. 223‑1 du même code et de l’existence d’un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d’accéder aux informations le concernant. L’information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l’accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l’auteur de l’infraction pour lui permettre d’en contester la réalité et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tous moyens, qu’elle a satisfait à cette obligation.

Quant aux infractions du 13 octobre 2019 et du 17 juillet 2023 :

Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, ou est constatée sans interception du véhicule et à l’aide d’un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération.

Il résulte de l’instruction, et notamment du relevé intégral des informations relatives au permis de conduire que le requérant a payé les amendes forfaitaires correspondant aux infractions relevées les 13 octobre 2019 et 17 juillet 2023 et constatées par procès-verbal électronique. Ce paiement permet d’établir qu’il a bien reçu les avis de contravention, qui sont établis selon les indications prévues par l’article A. 37-8 du code de procédure pénale et qui comportent les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le requérant n’apportant aucun élément tendant à démontrer que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets au regard des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations requises ont été délivrées au contrevenant. Dès lors, le moyen ne peut qu’être écarté comme manifestement infondé.

Quant aux infractions du 8 mars 2021 et 23 août 2024 :

Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date par procès-verbal électronique, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

Il résulte de l’instruction, notamment des pièces produites en défense par le ministre de l’intérieur, que, d‘une part, l’infraction commise par M. B... le 8 mars 2021 a été constatée au moyen d’un procès-verbal électronique. Il résulte du procès-verbal relatif à cette infraction que le contrevenant a apposé sa signature sur la page écran qui lui était présentée. Dans ces conditions, le ministre de l’intérieur apporte la preuve que M. B... a reçu les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. D’autre part, le requérant, en se bornant à contester la décision de retrait de points consécutive à une infraction commise le 23 août 2024, alors qu’il en a commis deux ce jour la première à 02h59, la seconde à 03h00, n’assortit pas son moyen de précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé. A supposer que M. B... ait entendu contester la décision de retrait de points consécutive à l’infraction du 23 août 2024 à 02h59, si l’administration produit le procès-verbal électronique constatant cette infraction commise le même jour, ce procès-verbal n’est pas signé par le contrevenant et comporte au demeurant des mentions relatives à l’information préalable obligatoire incomplètes. Toutefois, le ministre de l’intérieur établit, en produisant le document intitulé « dossier transmis à Monsieur l’officier du ministère public », notamment l’historique des documents reçus mentionnant la réception, le 1er octobre 2024, d’un courrier identifié de type FRE que le requérant a formé une requête en exonération nécessairement au moyen du formulaire attaché à l’avis de contravention. Cette circonstance est de nature à établir que le conducteur avait nécessairement reçu cet avis et doit dès lors être regardé comme ayant bénéficié de l’information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route dont il est assorti, faute pour le requérant de soutenir qu’il aurait reçu un avis incorrect ou incomplet.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête dirigée contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 13 octobre 2019, 8 mars 2021, 17 juillet 2023 et 23 août 2024 doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions à fin d’injonction :

Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d’annulation de M. B..., ses conclusions à fin d’injonction doivent également être rejetées.

En ce qui concerne les frais de l’instance :

Dans les circonstances de l’espèce, il n’y pas lieu de mettre à la charge de l’Etat, la somme de 2 000 euros présentée par le requérant sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


DECIDE :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l’annulation de la décision « 48SI » du 15 mai 2025 et de la décision de retrait de points correspondant à l’infraction du 11 avril 2022.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.

La magistrate désignée,


signé


E. Rolin
La greffière,


signé


S. Lefebvre

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.




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