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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2513270

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2513270

mercredi 6 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2513270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDE SEZE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision du 18 juin 2025 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, un ressortissant bangladais anciennement mineur confié à l'aide sociale à l'enfance. Le juge a considéré que la condition d'urgence était satisfaite compte tenu de la situation précaire du requérant (contrat jeune majeur suspendu, risques de perte de ressources et de logement). Il a également retenu l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2025, M. B A, représenté par Me de Seze, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 18 juin 2025 par laquelle le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " à titre provisoire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors qu'il était en situation régulière en France du fait de sa minorité, que son contrat jeune majeur est suspendu ; qu'il risque d'être sans ressources financières ni logement, qu'il risque de voir son contrat d'apprentissage et ses études suspendus en raison de sa précarité administrative ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux sur la décision litigieuse :

* elle est entachée d'une incompétence ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'un défaut de motivation ;

* elle est entachée d'une erreur de droit et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des critères posés par les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise, qui n'a pas produit d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2513268, enregistrée le 22 juillet 2025, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, juge des référés en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 6 août 2025 à 10 heures, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;

- les observations de Me de Seze, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né le 20 décembre 2006, est entré sur le territoire français le 11 juin 2023 selon ses déclarations. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance à compter du 3 août 2023 avant de bénéficier d'un contrat jeune majeur valable jusqu'au 31 décembre 2025. Il a sollicité le 5 février 2025 la délivrance d'un titre de séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 18 juin 2025, le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de du titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, et eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence

4. Eu égard à ce qui a été dit au point 1 du parcours du requérant depuis son entrée en France en 2023 alors qu'il était mineur, à son placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance à compter du 3 août 2023, puis du contrat jeune majeur valable jusqu'au 31 décembre 2025 dont il bénéficié, la décision attaquée peut être regardée comme préjudiciant de manière suffisamment grave et immédiate à la situation requérant de sorte que la condition d'urgence doit être, au cas d'espèce, regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

6. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de "salarié" ou "travailleur temporaire", le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance (ASE) entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.

7. Il résulte de l'instruction que, pour rejeter la demande de titre de séjour du requérant, le préfet du Val d'Oise s'est borné la nature des liens de M. A avec sa famille restée dans son pays d'origine, sans prendre en considération les autres critères énoncés pour porter une appréciation globale sur sa situation. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, les moyens de la requête tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation sont de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité. Il suit de là qu'il y a lieu de suspendre les effet de la décision attaquée du 18 juin 2025 et d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de réexaminer la situation de M. A dans un délai de 15 jours à compter de la présente ordonnance et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, le tout sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, l'Etat versera une somme à son conseil, Me de Seze au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 18 juin 2025 du préfet du Val d'Oise portant refus de titre de séjour au profit de M. A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val d'Oise de réexaminer la situation de M. A dans un délai de 15 jours à compter de la présente ordonnance et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, le tout sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 4 : L'Etat versera une somme à son conseil, Me de Seze au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 6 août 2025.

Le juge des référés,

signé

C. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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