Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 18 août 2025 et
23 décembre 2025, M. A... C... B..., représenté par Me Yao, demande au tribunal :
d’annuler la décision « 48 SI » du 5 juin 2025 portant invalidation de son permis de conduire et les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 9 janvier 2023, 5 avril 2023, 1er janvier 2024, 28 janvier 2024, 3 février 2024, 15 mai 2024 et
2 août 2024 ;
d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui restituer les points illégalement retirés à compter de la notification du jugement à intervenir ;
de mettre à la charge de l’État la somme de 2 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’obligation de communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion des retraits de points consécutive à l’infraction relevée le 2 août 2024 n’a pas été respectée ;
- la réalité de l’infraction relevée le 2 août 2024 n’est pas établie ;
- les infractions relevées les 5 avril 2023, 1er janvier 2024, 3 février 2024, 15 mai 2024 et 2 août 2024 ont fait l’objet de contestations devant l’officier du ministère public et demeurent impayées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2025, le ministre de l’intérieur conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que :
-
les mentions tant de la décision « 48SI » du 5 juin 2025 que des infractions des
3 février 2024 et 15 mai 2024 ont été supprimées ;
- les points retirés à l’occasion des infractions relevées les 5 avril 2023 et
28 janvier 2024 ont été restitués ;
-
les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
le code de procédure pénale ;
le code de la route ;
le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Rolin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
A la suite d’infractions au code de la route commises 9 janvier 2023, 5 avril 2023, 1er janvier 2024, 28 janvier 2024, 3 février 2024, 15 mai 2024 et 2 août 2024, le ministre de l’intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. B.... Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l’intérieur a, par décision « 48 SI » du 5 juin 2025, prononcé l’invalidation de ce permis et ordonné à M. B... de restituer son titre de conduite.
M. B... demande l’annulation des retraits de points prononcés à la suite des infractions précitées ainsi que de la décision « 48 SI » du 5 juin 2025 portant invalidation de son permis de conduire.
Sur le non-lieu partiel :
D’une part, il résulte du relevé d’information intégral afférent au permis de conduire de M. B... produit par le ministre de l’intérieur en défense et édité le
18 décembre 2025 que les mentions de la décision « 48 SI » du 5 juin 2025 et des infractions relevées les 3 février 2024 et 15 mai 2024 ont été supprimées du dossier du requérant, le solde de points du permis de conduire, redevenu positif, étant crédité de six points. D’autre part, les points retirés à la suite des infractions relevées les 5 avril 2023 et 28 janvier 2024 ont été restitués. Il s’en déduit que l’ensemble des décisions précitées doivent donc être regardées comme ayant été retirées par le ministre de l’intérieur postérieurement à l’introduction de la requête. Il n’y a donc plus lieu de statuer sur les décisions de retrait de points consécutives aux infractions précitées ainsi que sur la décision « 48 SI » en litige.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne les conclusions à fin d’annulation :
S’agissant du moyen tiré du défaut d’information :
Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l’intéressé est avisé qu’une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l’article L. 223-2, de l’existence d’un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d’exercer le droit d’accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu’il est fait application de la procédure de l’amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l’auteur de l’infraction est informé que le paiement de l’amende ou l’exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l’infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l’existence d’un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d’exercer le droit d’accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d’une infraction entraînant retrait de points, l’auteur de celle-ci est informé qu’il encourt un retrait de points si la réalité de l’infraction est établie dans les conditions définies à l’article L. 223-1. II. - Il est informé également de l’existence d’un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d’accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d’accès aux informations ci-dessus mentionnées s’exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. (…) ».
Il résulte de ces dispositions que l’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie, que si l’auteur de l’infraction s’est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tout moyen, qu’elle a satisfait à cette obligation d’information.
Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date par procès-verbal électronique, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.
Si l’administration produit le procès-verbal électronique du 2 août 2024 constatant l’infraction commise le même jour, ce procès-verbal n’est pas signé par le contrevenant et comporte au demeurant des mentions relatives à l’information préalable obligatoire incomplètes. Ainsi, l’administration ne produit aucun autre document notamment quant à un éventuel paiement des amendes forfaitaires majorées. Le document intitulé « dossier transmis – historique des documents émis » indiquant l’absence de retour « NPAI » ne suffit pas à lui-seul, en l’absence notamment de l’accusé réception de la poste, à rapporter la preuve de la réception, contestée par le requérant, de l’avis de contravention ou de l’avis d’amende forfaitaire majorée. Il en résulte que la décision de retrait de trois points, consécutive à l’infraction constatée le 2 août 2024, est intervenue à l’issue d’une procédure irrégulière. Dès lors, M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision de retrait de points consécutive à cette infraction.
S’agissant du moyen tiré de l’absence de la réalité de l’infraction :
Aux termes de l’article L. 223-1 du code de la route : « (…) La réalité d’une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d’une amende forfaitaire ou l’émission du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, l’exécution d’une composition pénale ou par une condamnation définitive. (…) ». Il résulte de cette disposition ainsi que de celles de l'article L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l’article 530 du même code, que le mode d’enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l’infraction est établie dans les conditions prévues à l’article L. 223-1 de ce code dès lors qu’est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l’amende forfaitaire ou de l’émission du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, sauf si l’intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l’infraction ou de l’envoi de l’avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l’article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l’annulation du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée.
Il résulte de l’instruction, notamment des mentions du relevé d’information intégral que, d’une part, un titre exécutoire pour le recouvrement de l’amende forfaitaire majorée correspondant à l’infraction commise 1er janvier 2024 a été émis le 24 mars 2024.
M. B... n’établit avoir, dans le délai prévu à l’article 530 du code de procédure pénale, formé une réclamation ayant entraîné l’annulation d’un titre exécutoire d’amende forfaitaire majorée. D’autre part, les mentions du relevé d’information intégral de M. B... font apparaître que l’amende forfaitaire consécutive à l’infraction commise le 9 janvier 2023 a été payée. Il s’ensuit que l’administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité de ces infractions est établie dans les conditions requises par les dispositions de l’article L. 223-1 du code de la route. Par suite, le moyen tiré de l’absence de réalité de ces infractions doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que la décision de retrait de points sur le permis de conduire du requérant consécutive à l’infraction constatée le 2 août 2024 doit être annulée.
En ce qui concerne les conclusions à fin d’injonction :
Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ». Et aux termes de l’article L. 911-2 du même code : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ».
Si l’annulation contentieuse d’une décision ou de plusieurs décisions de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l’intérieur reconnaisse à l’intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre, et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n’avaient pu être prises en compte par l’administration aussi longtemps que l’invalidation annulée était exécutoire.
Eu égard à ses motifs, l’exécution du présent jugement implique, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital de points de son permis, que le ministre de l’intérieur restitue à M. B... les trois points retirés sur le capital de points de son permis de conduire à la suite de l’infraction commise le 2 août 2024 et que l’administration réexamine sa situation en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l’intéressé. Il y a lieu d’enjoindre au ministre d’y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
En ce qui concerne les frais de l’instance :
Dans les circonstances de l’espèce, il n’y pas lieu de mettre à la charge de l’Etat, la somme de 2 500 présentée par le requérant sur le fondement des dispositions de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête relatives aux décisions « 48 SI » du 5 juin 2025 et de retrait de points correspondant aux infractions des 5 avril 2023, 1er janvier 2024, 3 février 2024 et 15 mai 2024.
Article 2 : La décision de retrait de points consécutive à l’infraction commise le 2 août 2024 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur de restituer à M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, le bénéfice de trois points et de réexaminer sa situation en en tirant toutes les conséquences sur le capital de points et son droit de conduire.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... B... et au ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La magistrate désignée,
signé
E. Rolin
La greffière,
signé
S. Lefebvre
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.