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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2515852

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2515852

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2515852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantCRECY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 septembre 2025 et 16 septembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Crecy, demande au tribunal :

d’annuler la décision « 48 SI » par laquelle le ministre de l’intérieur a invalidé son permis de conduire ainsi que les décisions portant retrait de points auxquelles elle se réfère, à la suite des infractions commises les 22 octobre 2024, 30 août 2024, 17 mai 2024, 26 juin 2023, 1ᵉʳ janvier 2022, 23 octobre 2021 et 5 mai 2020 ;

d’enjoindre au ministre de l’intérieur de reconstituer son capital de points et de lui restituer son permis de conduire ;

de mettre à la charge de l’État la somme de 2 400 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient les décisions portant retrait de points ne lui ont pas été notifiées et qu’il n’a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion des retraits de points.


Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2025, le ministre de l’intérieur conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :
les mentions de l’infraction du 17 mai 2024 et de la décision 48 SI du 5 juin 2025 ont été supprimées du relevé d’information intégral de sorte qu’il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions afférentes ;
le point retiré à la suite de l’infraction commise le 1ᵉʳ janvier 2022 lui a été restitué antérieurement à l’introduction de la requête ;
les moyens ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier ;


Vu :
le code de la route ;
le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Le rapport de Mme Rolin a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. A... a commis les 22 octobre 2024, 30 août 2024, 17 mai 2024, 26 juin 2023, 1ᵉʳ janvier 2022, 23 octobre 2021 et 5 mai 2020 diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait des douze points affectés à son permis de conduire. Par une décision en date du 5 juin 2025, le ministre de l’intérieur a notifié à M. A... le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, l’invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul. M. A... demande l’annulation de l’ensemble de ces décisions.


Sur l’étendue du litige :

Il résulte de l’instruction, et notamment du relevé d’information intégral en date du 17 décembre 2025, produit par le ministre de l’intérieur en défense, que l’infraction commise le 17 mai 2024 a été supprimée du dossier du requérant. A la suite de cette suppression, le solde de points de son permis de conduire est provisoirement redevenu positif et la mention de la décision 48 SI du 5 juin 2025 a également été supprimée. Elle doit, dès lors être regardée comme ayant été retirée. Dans ces conditions, les conclusions à fin d’annulation de la décision 48 SI du 5 juin 2025 et de la décision de retrait de points à la suite de l’infraction commise le 17 mai 2024 sont devenues sans objet. Il n’y a plus lieu d’y statuer.

Il résulte de l’instruction, et notamment du relevé d’information intégral, que le point retiré à la suite de l’infraction commise le 1ᵉʳ janvier 2022 lui a été restitué en application des dispositions de l’article L. 223-6 du code de la route avant l’introduction de la requête. Les conclusions aux fins d’annulation de ce retrait de point, qui étaient sans objet avant même l’introduction de la requête, sont par suite irrecevables.


Sur le surplus des conclusions :


Sur les conclusions à fin d’annulation :


Sur l’absence de notification des décisions de retrait de points :

Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 223-3 du code de la route : « Le retrait de points est porté à la connaissance de l’intéressé par lettre simple quand il est effectif. »

Les conditions de notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que le requérant n’aurait été informé des décisions successives de retrait de points qu’à la lecture de son relevé d’information intégral est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité des décisions de retrait de points.


Sur le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l’intéressé est avisé qu’une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l’article L. 223-2, de l’existence d’un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d’exercer le droit d’accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu’il est fait application de la procédure de l’amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l’auteur de l’infraction est informé que le paiement de l’amende ou l’exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l’infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l’existence d’un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d’exercer le droit d’accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d’une infraction entraînant retrait de points, l’auteur de celle-ci est informé qu’il encourt un retrait de points si la réalité de l’infraction est établie dans les conditions définies à l’article L. 223-1. II. - Il est informé également de l’existence d’un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d’accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d’accès aux informations ci-dessus mentionnées s’exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. (…) ».

Il résulte de ces dispositions que l’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie, que si l’auteur de l’infraction s’est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tout moyen, qu’elle a satisfait à cette obligation d’information.

Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d’infraction entraînant retrait de points, l’ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l’intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l’agent selon laquelle le contrevenant a refusé d’apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Enfin, la mention « N/A » possède également la même valeur probante durant toute la période d’application des règles sanitaires alors applicables pour lutter contre le Covid-19, dès lors qu’elle permet d’attester que le contrevenant a pu prendre connaissance de ces informations, sans qu’il ait eu à apposer sa signature sur le document.

En ce qui concerne les infractions commises les 26 juin 2023 et 5 mai 2020 :

Il résulte du procès-verbal relatif aux infractions constatées les 26 juin 2023 et 5 mai 2020, produit par le ministre de l’intérieur, que ces infractions ont été constatées dans les conditions prévues par les dispositions citées et que le contrevenant a apposé sa signature sur la page écran qui lui était présentée. Dans ces conditions, le ministre de l’intérieur apporte la preuve que M. A... a reçu les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

En ce qui concerne l’infraction commise le 30 août 2024 :

Il résulte de l’instruction que l’infraction commise le 30 août 2024 a été constatée au moyen d’un procès-verbal électronique, que l’intéressé a refusé de signer. La mention « refus de signer » apportée par l’agent de police judiciaire établit que les informations lui ont bien été délivrées. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le retrait de points consécutif à cette infraction serait intervenu au terme d’une procédure irrégulière.

En ce qui concerne l’infraction commise le 22 octobre 2024 :

Si l’administration produit le procès-verbal daté du 22 octobre 2024 pour une infraction commise le même jour, le procès-verbal n’est pas signé par le contrevenant. Il comporte au demeurant des mentions relatives à l’information préalable obligatoire, incomplètes. Toutefois, le ministre de l’intérieur établit, en produisant le document intitulé
« dossier transmis à Monsieur l’officier du ministère public », notamment l’historique des documents reçus mentionnant la réception d’un courrier identifié de type FRE le 17 novembre 2024, que le requérant a formé une requête en exonération nécessairement au moyen du formulaire attaché à l’avis de contravention. Cette circonstance est de nature à établir que le conducteur avait nécessairement reçu cet avis et doit dès lors être regardé comme ayant bénéficié de l’information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route dont il est assorti, faute pour le requérant de soutenir qu’il aurait reçu un avis incorrect ou incomplet.

En ce qui concerne l’infraction commise le 23 octobre 2021 :

Il résulte de l’instruction et notamment de l’examen du relevé d’information intégral que l’infraction commise le 23 octobre 2021 a été relevée par radar automatique sans interception du véhicule et qu’elle a donné lieu à l’émission d’un titre exécutoire pour le recouvrement de l’amende forfaitaire majorée correspondante. Cependant, le ministre n’apporte ni la preuve que le requérant aurait payé l’amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction ni la preuve qu’il aurait adressé au contrevenant l’avis d’amende forfaitaire majorée. Dans ces conditions, l’administration ne peut être regardée comme apportant la preuve de ce qu’elle s’est acquittée de son obligation d’information pour cette infraction. Par suite, M. A... qui a été privé en l’espèce d’une garantie, est fondé à demander l’annulation de la décision de retrait d’un point consécutive à cette infraction.

Il résulte de ce qui précède que M. A... est seulement fondé à demander l’annulation de la décision de retrait d’un point consécutive à l’infraction commises le 23 octobre 2021.


Sur les conclusions aux fins d’injonction :

Les motifs du présent jugement impliquent que le point retiré sur le capital de points du permis de conduire de M. A... à la suite de l’infraction commise le 23 octobre 2021 lui soit restitué et que le ministre de l’intérieur réexamine les droits à conduire du requérant au vu éventuellement d’autres infractions qui auraient pu être commises par celui-ci et enregistrées postérieurement au 17 décembre 2025, date d’édition du relevé d’information intégral produit à l’instance. Il y a lieu pour l’administration d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.


Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A... présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.





DECIDE :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête relatives à la décision 48SI du 5 juin 2025 et à la décision de retrait de points consécutive à l’infraction du 17 mai 2024.

La décision du ministre de l’intérieur portant retrait d’un point affecté au permis de conduire de M. A... à la suite de l’infraction commise le 23 octobre 2021 est annulée.

Il est enjoint au ministre de l’intérieur de restituer à M. A..., dans le traitement automatisé mentionné à l’article L. 225-1 du code de la route, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, le bénéfice du point visé à l’article 2, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et son droit de conduire.

Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.

La magistrate désignée,
signé
E. Rolin
La greffière,
signé
S. Lefebvre


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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