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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2517892

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2517892

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2517892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantSELARL SAMSON & WEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une décision n°494831 du 2 octobre 2025, le Conseil d’Etat, statuant au contentieux, a annulé l’ordonnance n°2312716 du 4 avril 2024 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise et a renvoyé, dans la mesure de la cassation prononcée, l’affaire au tribunal.

Vu la procédure suivante :

Par des mémoires enregistrés les 3 octobre 2025, 21 octobre 2025 et 10 décembre 2025 M. B... A..., représenté par Me Samson, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

de donner acte de son désistement partiel en ce qui concerne les conclusions tendant à l’annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 3 juin 2022 et 29 janvier 2023 ;

d’annuler les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 24 janvier 2021, 28 février 2021, 7 novembre 2021 et 23 février 2022 et la décision « 48 SI » du 7 août 2023 par laquelle le ministre de l’intérieur a invalidé son permis de conduire ;

d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui restituer les points illégalement retirés à compter de la notification du jugement à intervenir ;

de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
- la décision « 48SI » en litige méconnait l’alinéa 5 de l’article L. 223-6 du code de la route dès lors qu’elle est entachée d’une erreur de calcul dans le décompte des points sur le capital de points de son permis de conduire, notamment en ce qui concerne les dates de restitution des points retirés à l’occasion des infractions relevés les 30 avril 2021, 4 mai 2021 et 12 juin 2021 ;
- il n’a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion des retraits de points.


Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet des conclusions de la requête de M. A....


Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
le code de procédure pénale ;
le code de la route ;
le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Le rapport de Mme Rolin a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :


A la suite d’infractions au code de la route, le ministre de l’intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. A.... Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, crédité de douze points, était nul, le ministre de l’intérieur a, par décision « 48SI » du 7 août 2023, prononcé l’invalidation de ce permis et a ordonné à l’intéressé de restituer son titre de conduite. Par sa requête, M. A... demande l’annulation de la décision référencée « 48 SI » du 7 août 2023 par laquelle le ministre de l’intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul, les décisions antérieures portant retrait de points à la suite des infractions commises les 24 janvier 2021, 28 février 2021, 7 novembre 2021, 23 février 2022, 3 juin 2022 et 29 janvier 2023.


Sur le désistement partiel :

Par un mémoire, enregistré le 25 mars 2024, M. A... a déclaré se désister de ses conclusions à fin d’annulation dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 3 juin 2022 et 29 janvier 2023. Ce désistement partiel est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.


Sur le surplus des conclusions de la requête :


En ce qui concerne les conclusions à fin d’annulation :


Sur le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. (…) ».


Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d’une infraction entraînant retrait de points, l’auteur de celle-ci est informé notamment qu’il encourt un retrait de points si la réalité de l’infraction est établie dans les conditions définies à l’article L. 223‑1 du même code et de l’existence d’un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d’accéder aux informations le concernant. L’information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l’accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l’auteur de l’infraction pour lui permettre d’en contester la réalité et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tous moyens, qu’elle a satisfait à cette obligation.


Quant aux infractions des 24 janvier 2021, 28 février 2021 et 7 novembre 2021 :

Il résulte du relevé d’information intégral de M. A... édité le 17 octobre 2025 que les infractions relevées par radar automatique les 24 janvier 2021, 28 février 2021 et 7 novembre 2021, correspondant à un excès de vitesse inférieur à 20 km/h pour une vitesse maximale autorisée supérieure à 50 km/h, ont donné lieu à l’émission d’un titre exécutoire pour le recouvrement d’amendes forfaitaires majorées. Si le requérant soutient que ces sommes n’ont été recouvrées qu’à la suite d’avis à tiers détenteur, il résulte de l’instruction que M. A... a déjà été sanctionné pour des infractions de même nature, notamment à l’occasion des infractions commises les 3 juillet 2019 et 17 août 2021 que les infractions en cause, pour lesquelles les amendes forfaitaires infligées ont été acquittées. Ainsi, le requérant a bénéficié à l’occasion de ces précédentes infractions de l’ensemble des informations légalement exigées, y compris celle relative au traitement automatisé des points. Dans ces conditions, l’omission de ces informations lors de la constatation des infractions commises les 24 janvier 2021, 28 février 2021 et 7 novembre 2021, ne saurait avoir eu pour effet, dans les circonstances de l’espèce, de priver le requérant de la garantie instituée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.


Quant à l’infraction du 23 février 2022 :

M. A... soutient n’avoir reçu ni l’avis de contravention à l’occasion de l’infraction relevée le 23 février 2022, ni l’avis d’amende forfaitaire majorée. Il fait valoir que, s’il s’est acquitté de cette amende, comme le fait valoir le ministre de l’intérieur en défense, le recouvrement de cette somme n’a eu lieu qu’à la suite de l’avis à tiers détenteur du 7 décembre 2023 et qu’en conséquence, le paiement de cette amende forfaitaire majorée n’est pas de nature à établir qu’il aurait bénéficié de l’information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route susmentionnées.


Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A... à fin d’annulation des décisions de retraits de points relatives aux infractions commises les 24 janvier 2021, 28 février 2021 et 7 novembre 2021 ne peuvent qu’être rejetées. En revanche la décision de retrait de points consécutive à l’infraction commise le 23 février 2022 ne peut qu’être annulée.


S’agissant de la décision « 48 SI » du 7 août 2023 :

Par voie de conséquence de l’annulation de la décision de retrait de points consécutive à l’infraction commise le 23 février 2022, la décision « 48 SI » du 7 août 2023 doit être annulée.


En ce qui concerne les conclusions à fin d’injonction :

D’une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ». Et aux termes de l’article L. 911-2 du même code : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ».


D’autre part, aux termes de l’article L. 223-6 du code de la route : « (…) Sans préjudice de l'application des alinéas précédents du présent article, les points retirés du fait de contraventions des quatre premières classes au présent code sont réattribués au titulaire du permis de conduire à l'expiration d'un délai de dix ans à compter de la date à laquelle la condamnation est devenue définitive ou du paiement de l'amende forfaitaire correspondante. ».


Si l’annulation contentieuse d’une décision ou de plusieurs décisions de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l’intérieur reconnaisse à l’intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre, et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n’avaient pu être prises en compte par l’administration aussi longtemps que l’invalidation annulée était exécutoire.


Eu égard à ses motifs, l’exécution du présent jugement implique, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital de points de son permis, que le ministre de l’intérieur restitue à M. A... les quatre points retirés sur capital de points de son permis de conduire à la suite de l’infraction commise le 23 février 2022 ainsi que quatre points à l’occasion du stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 30 et 31 août 2023 et que l’administration réexamine sa situation en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et son droit de conduire, en prenant notamment en compte que les infractions commises les 3 janvier 2021 et 24 janvier 2021 devenues définitives respectivement les 5 juillet 2021 et 12 juillet 2021, doivent être enregistrées à ces dates. Il y a lieu d’enjoindre au ministre d’y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.


En ce qui concerne les frais de l’instance :

Dans les circonstances particulières de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme que M. A... demande au titre des frais qu’il a exposés non compris dans les dépens.


DECIDE :



Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions à fin d’annulation dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 3 juin 2022 et 29 janvier 2023.


Article 2 : La décision de retrait de points consécutive à l’infraction commise le 23 février 2022 et la décision « 48 SI » du 7 août 2023 sont annulées.


Article 3 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur de restituer à M. A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, le bénéfice de huit points et de réexaminer sa situation en en tirant toutes les conséquences sur le capital de points et son droit de conduire.


Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.


Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.

La magistrate désignée,


signé


E. Rolin
La greffière,


signé


S. Lefebvre

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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