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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2520949

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2520949

mercredi 17 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2520949
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKARIM BEYLOUNI AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B..., ressortissant portugais, contestant l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 7 novembre 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de circulation de deux ans. Le tribunal a jugé que le comportement de l'intéressé, caractérisé par des faits de violence, constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public au sens de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la gravité des faits et de l'absence de liens familiaux suffisamment stables en France. En conséquence, les moyens soulevés par le requérant ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces complémentaires, enregistrés les 9, 14 et 26 novembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Beylouni, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°)
d’annuler l’arrêté du 7 novembre 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°)
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :

En ce qui concerne la décision d’obligation de quitter le territoire français :
-
elle est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
-
elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 251-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il justifie d’une durée de présence d’au moins dix ans sur le territoire français ;
-
elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public ;
-
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
-
elle est insuffisamment motivée ;
-
elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-
elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision d’obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision d’interdiction de circulation sur le territoire français :
-
elle porte atteinte à sa vie privée et familiale, alors même qu’il ne représente pas une menace pour l’ordre public.


Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
-
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
-
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-
le code des relations entre le public et l’administration ;
-
le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné M. Chabauty, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 27 novembre 2025 à 10h00 :
-
le rapport de M. Chabauty, magistrat désigné ;
-
les observations de Me Aupetit, substituant Me Beylouni et représentant M. B..., qui maintient et précise les conclusions et moyens du requérant ;
les observations de M. B... ;
-
le préfet des Hauts-de-Seine n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :


M. A... B..., ressortissant portugais né le 15 février 1968, déclare être entré sur le territoire français en 1978. Par un premier arrêté du 7 novembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un second arrêté daté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. Par la présente requête, M. B... demande au tribunal de prononcer l’annulation des décisions par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu’elle constate les situations suivantes : (…) / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; (…) / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ».

Il appartient à l’autorité administrative d’un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d’éloignement à l’encontre d’un ressortissant d’un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d’une infraction à la loi, mais d’examiner, d’après l’ensemble des circonstances de l’affaire, si la présence de l’intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L’ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

Pour obliger M. B... à quitter le territoire français en application des dispositions précitées du 2° de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet des Hauts-de-Seine s’est fondé sur la circonstance que l’intéressé a été interpellé et placé en garde-à-vue le 7 novembre 2025 pour des faits d’escroquerie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette interpellation demeure isolée et qu’elle n’a donné lieu à aucune condamnation, ni même poursuite pénale, le requérant contestant d’ailleurs avoir tenté de réaliser une quelconque escroquerie dans le cadre de son activité professionnelle. Par ailleurs, M. B..., qui est entré en France en 1978 à l’âge de dix ans, réside avec son épouse, qui est de nationalité française et avec laquelle il est marié depuis le 30 juin 2001, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), dans une maison dont ils sont propriétaires depuis 2002, est le père de deux filles qui sont de nationalité française et travaille en France depuis plus de trente-cinq ans, notamment depuis 2003 au sein de la même entreprise en qualité de métreur. Dans ces conditions, la présence du requérant sur le territoire français ne peut être regardée comme constituant une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. Par suite, M. B... est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a entaché la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 7 novembre 2025 obligeant le requérant à quitter le territoire français doit être annulée. Par voie de conséquence, doivent également être annulées les décisions du même jour refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B... d’une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :
L’arrêté du 7 novembre 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. B... à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulé.

Article 2 :
L’Etat versera une somme de 1 200 euros à M. B... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :
Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.

Article 4 :
Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 décembre 2025.

Le magistrat désigné,
Signé
C. Chabauty
La greffière,
Signé
Z. Bouayyadi



La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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