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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2524835

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2524835

vendredi 13 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2524835
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantKOSZCZANSKI & BERDUGO

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, rejette la demande de suspension d'une décision préfectorale refusant un titre de séjour et ordonnant de quitter le territoire. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas établie, la requérante ne démontrant pas de préjudice imminent et grave. Les conclusions visant spécifiquement l'obligation de quitter le territoire sont par ailleurs jugées irrecevables, le recours au fond contre cette mesure ayant un effet suspensif de droit (article L. 722-7 du CESEDA).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2025, Mme B... A..., représentée par Me Koszczanski, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 18 novembre 2025 par laquelle le préfet du Val-d’Oise a rejeté sa demande de délivrance de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire ;

2°) d’enjoindre à l’autorité administrative compétente de procéder au réexamen de sa situation et, dans l’attente, de lui délivrer, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d’urgence est présumée remplie, dès lors qu’il s’agit d’une demande de renouvellement de titre de séjour ; elle risque de perdre son emploi ainsi que des opportunités professionnelles ; ses contrats de prestation de service risquent d’être suspendus ; la régularité de sa situation est nécessaire afin de reprendre l’activité de son entreprise ; ses droits sociaux ont été suspendus ; en outre, elle est placée dans une situation administrative et financière précaire.

- La condition tenant à l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour est remplie dès lors que :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un dé défaut d’examen ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article 421-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou, à tout le moins, est entachée d’une erreur d’appréciation ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ou, à tout le moins, est entachée d’une erreur d’appréciation ;
- la décision portant refus d’obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 423-23 du le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision fixant le délai de départ à trente jours a été prise en méconnaissance de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur d’appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 13 janvier 2026 à 12h48, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d’urgence n’est pas remplie et qu’aucun des moyens soulevés n’est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Vu :
- la requête n° 2524456, par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision attaquée ;
- - les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Belhadj, premier conseiller, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience du 13 janvier 2026 à 13h30.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue en présence de
Mme Bouayyadi, greffière d’audience :

- le rapport de M. Belhadj, juge des référés, qui a informé les parties, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l’ordonnance à intervenir était susceptible d’être fondée sur un moyen relevé d’office tiré de l’irrecevabilité des conclusions aux fins de suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français, dès lors que le recours en excès de pouvoir formé contre cette décision a pour effet de suspendre sa mise en œuvre, en application des dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les observations de Me Bouquiaux, substituant Me Koszczanski, représentant Mme A..., présente qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- les observations de Mme A....

Le préfet du Val-d’Oise n’était ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B... A..., née le 17 mars 1997 à Cotonou (Bénin), de nationalité béninoise, est entrée régulièrement en France en janvier 2023 sous couvert d’un visa long séjour valant titre de séjour en qualité d’étudiante, valable du 21 janvier 2023 au 21 janvier 2024. Le 27 mai 2025, elle a sollicité un changement de statut en qualité « d’entrepreneur / profession libérale ». Par la présente requête, Mme A... demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision du 18 novembre 2025 par laquelle le préfet du Val-d’Oise a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire.

Sur l’irrecevabilité des conclusions à fin de suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l’article L. 722-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi ».

3. L’enregistrement d’un recours en excès de pouvoir formé à l’encontre de l’arrêté du 18 novembre 2025 a pour effet de suspendre la mise en œuvre de l’obligation de quitter le territoire français qui l’assortit, en vertu des dispositions précitées de l’article L. 722-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, jusqu’à ce qu’une décision au fond soit définitivement prise par la juridiction administrative. Il s’ensuit que les conclusions aux fins de suspension de la mesure d’éloignement prononcée par cet arrêté sont irrecevables.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».

5. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Si la requérante, pourtant assistée d’un conseil, se prévaut de la présomption d’urgence traditionnellement retenue en matière de refus de renouvellement de titre de séjour, cette présomption n’a pas vocation à s’appliquer en l’espèce dès lors que sa demande présentée tend à la délivrance d’un titre sur un fondement différent. Pour autant, Mme A... fait valoir, et justifie, d’une atteinte grave et immédiate à sa situation au sens de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, dès lors que le refus de séjour la fait basculer dans un séjour irrégulier, la prive de la possibilité de travailler légalement et se trouve, en outre, contraint d’arrêter le développement de son projet entrepreneurial, de sorte que la mesure litigieuse affecte directement ses conditions d’existence, d’autant que le recours au fond, dépourvu d’effet suspensif, ne sera examiné que dans plusieurs mois. Dès lors, la condition d’urgence doit être regardée comme satisfaite.
7. En l’état de l’instruction, les moyens tirés, d’une part, du défaut d’examen sérieux de sa demande et, d’autre part, de la méconnaissance des dispositions de l’article 421-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
8. Les deux conditions posées par l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l’exécution de la décision du 18 novembre 2025 jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
9. Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ».
10. En application des dispositions précitées de l’article L. 511-1 du code de justice administrative, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de réexaminer la situation de Mme A... dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, valable jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond ou jusqu’à l’adoption d’une nouvelle décision sur son droit au séjour. A ce stade, il n’y a pas lieu d’assortir ces mesures d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :

11. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme demandée par Mme A... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


ORDONNE :

Article 1er : L’exécution de la décision du 18 novembre 2025 par laquelle le préfet du Val-d’Oise a rejeté la demande de titre de séjour de Mme A... est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise de réexaminer la situation de Mme A... dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler valable, jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond ou jusqu’à l’adoption d’une nouvelle décision sur son droit au séjour
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.

Fait à Cergy, le 13 mars 2026.

Le juge des référés,

signé

J. Belhadj
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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