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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2606470

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2606470

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2606470
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPHILOUZE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, rejette la demande de liquidation d'une astreinte pour inexécution d'une injonction. Le juge constate que l'administration (le préfet du Val-d'Oise) a finalement exécuté l'ordonnance initiale en délivrant une attestation de prolongation d'instruction, ce qui rend la demande de liquidation sans objet. La décision s'appuie sur les articles L. 911-6 et L. 911-7 du code de justice administrative relatifs au régime des astreintes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mars 2026, Mme A... B..., représentée par Me Philouze, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 911-7 du code de justice administrative :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de procéder à la liquidation de l’astreinte de 250 euros par jour de retard prononcée par l’ordonnance n° 2600944 du 30 janvier 2026 ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros hors taxes à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu’elle renonce à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.

Elle soutient que l’ordonnance n° 2600944 du 30 janvier 2026 n’a toujours pas reçu d’exécution, ce qui justifie la liquidation de l’astreinte.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2026, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête en estimant avoir exécuté l’ordonnance n° 2511985 du 5 août 2025 qui lui a seulement enjoint dans son dispositif de délivrer une attestation de prolongation d'instruction à Mme B... dans un délai d’un mois, ce qu’il a fait en la munissant d’une attestation de prolongation d'instruction valable en dernier lieu jusqu’au 24 juin 2026.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l’ordonnance n° 2511985 du 5 août 2025 de la juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- l’ordonnance n° 2516032 du 18 septembre 2025 de la juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- l’ordonnance n° 2600944 du 30 janvier 2026 de la juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience du 2 avril 2026 à 9 heures 30.

Le rapport de Mme Oriol, juge des référés, a été entendu au cours de l’audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d’audience.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes des dispositions de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ».

Par l’ordonnance susvisée n° 2511985 du 5 août 2025, Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire. Il n’y a donc pas lieu de l’y admettre à nouveau.

Sur la liquidation d’astreinte :

Par l’ordonnance n° 2511985 du 5 août 2025, la juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a enjoint au préfet du Val-d’Oise de délivrer à Mme B... une autorisation provisoire de séjour assortie d’une autorisation de travail valable jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée, dans un délai d’un mois, ce qui lui imposait implicitement mais nécessairement de procéder à un réexamen de sa situation dans le même délai à compter de sa notification, comme indiqué au point 11 de ses motifs. Le réexamen de la situation de Mme B... n’étant pas intervenu dans les délais impartis, la juge des référés du tribunal, par l’ordonnance n° 2516032 du 18 septembre 2025 devenue définitive, a assorti l’injonction de réexamen de la situation de Mme B... d’une astreinte de 150 euros à compter de l’expiration d’un délai de trois jours à compter de sa notification. Face au silence de la préfecture, par ordonnance n° 2600944 du 30 janvier 2026 également définitive, le montant de l’astreinte a été fixé à 250 euros par jour de retard à compter de sa notification. Par la présente requête, Mme B..., relevant que le préfet du Val-d’Oise n’a toujours pas réexaminé sa situation, demande à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 911-7 du code de justice administrative, de procéder à la liquidation de l’astreinte prononcée en dernier lieu.

D’une part, aux termes de l’article L. 911-6 du code de justice administrative : « L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. ». Selon l’article L. 911-7 du même code : « En cas d’inexécution totale ou partielle ou d’exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l’astreinte qu’elle avait prononcée. / (…) Elle peut modérer ou supprimer l’astreinte provisoire, même en cas d’inexécution constatée. ».

Il appartient au juge qui a assorti d’une astreinte l’injonction faite à l’une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s’il constate que les mesures qu’il avait prescrites n’ont pas été exécutées ou l’ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l’exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l’exécution est demandée.

D’autre part, aux termes de l’article R. 611-8-6 du code de justice administrative : « Lorsqu’une partie a accepté, pour une instance donnée, l’utilisation du téléservice mentionné à l’article R. 414-6, la juridiction peut lui adresser par cette application, et pour cette instance, toutes les communications et notifications prévues par le présent livre. / Les parties sont réputées avoir reçu la communication ou la notification à la date de première consultation du document qui leur a été ainsi adressé, certifiée par l’accusé de réception délivré par l’application informatique (…) ».

Il résulte de l’instruction que l’ordonnance n° 2600944 du 30 janvier 2026 a été notifiée au préfet du Val-d’Oise le 3 février 2026 à 7 heures 47 via l’application Télérecours. Le délai imparti pour exécuter cette ordonnance en réexaminant la situation de Mme B... sans délai a donc expiré le jour-même. Or, quand bien même elle est munie d’une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu’au 24 juin 2026, la situation de Mme B... n’a toujours pas été réexaminée. Dans ces conditions, il y a lieu de procéder à la liquidation de l’astreinte prononcée pour la période du 4 février 2026, premier jour de retard à compter de l’expiration du délai imparti au préfet pour exécuter l’injonction, au 3 avril 2026, date de la présente ordonnance, soit 14 750 euros pour 59 jours au taux de 250 euros par jour de retard. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de moduler cette somme en la fixant à 2 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme B... présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


O R D O N N E :


Article 1er : L’Etat versera la somme de 2 000 euros à Mme B... au titre de la liquidation de l’astreinte fixée par l’ordonnance n° 2600944 du 30 janvier 2026.

Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme B... sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B..., à son conseil, Me Philouze, et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise et au ministère public près la Cour des comptes en application de l'article R. 921-7 du code de justice administrative.




Fait à Cergy, le 3 avril 2026.

La juge des référés,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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