Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2612790

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2612790
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPIGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juin 2026, M. B... A..., représenté par Me Pigot, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de déclarer la requête recevable et bien fondée ;

2°) d’enjoindre à la sous-préfecture d’Argenteuil d’enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour l’autorisant à travailler, d’une durée de six mois, dans un délai de sept jours à compter de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’il existe une présomption d’urgence en matière de demande de renouvellement de titre de séjour ; en outre, il justifie de circonstances particulières dès lors qu’il a été empêché de renouveler son contrat de travail, qu’il ne dispose d’aucune source de revenus ce qui le place dans une situation précaire, qu’il s’expose à une procédure de retenue, de placement en rétention ou d’éloignement, qu’il s’est vu imposer un délai déraisonnable d’enregistrement de sa demande et d’obtention de la délivrance d’un récépissé de renouvellement ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors qu’elle constitue l’unique voie lui permettant d’obtenir l’enregistrement de sa demande de renouvellement et un récépissé ;
- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse et ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2026, le préfet du Val-d’Oise conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête de M. A....
Par un mémoire enregistré le 24 juin 2026, M. A..., représenté par Me Pigot, maintient sa requête ainsi que sa demande de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant malien, né le 20 mai 1970 à Bamako (Mali), est titulaire d’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » valable jusqu’au 3 février 2026. Il en a sollicité le renouvellement le 1er décembre 2025 par un courriel adressé à la sous-préfecture d’Argenteuil. Par un courriel du même jour, la sous-préfecture en a accusé réception. Après plusieurs relances, les services de la sous-préfecture d’Argenteuil l’ont invité à renouveler sa demande par un courriel du 17 avril 2026. Par la présente requête, M. A... demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre à la sous-préfecture d’Argenteuil d’enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour l’autorisant à travailler, d’une durée de six mois, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur le non-lieu à statuer :

2. S’il ressort de l’instruction que M. A... a reçu un récépissé de renouvellement de titre de séjour valable jusqu’au 15 décembre 2026, ce document, contrairement à ce qu’il demande, ne l’autorise pas à travailler. Dans ces conditions, les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte présentées par M. A... ne sont pas privées d’objet et l’exception de non-lieu invoquée par le préfet du Val-d’Oise doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

3. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ».

4. Saisi sur le fondement de ces dispositions d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.

5. Eu égard aux conséquences qu’a sur la situation d’un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l’enregistrement de sa demande et au droit qu’il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l’autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l’enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

6. Il est constant que la demande déposée par M. A... tend au renouvellement du titre de séjour dont il était précédemment titulaire et que la condition d’urgence est donc, en principe, constatée. Par ailleurs, cette présomption n’est pas contestée par le préfet du Val-d’Oise. Par suite, la condition d’urgence doit, en l’espèce, être regardée comme satisfaite.

7. La mesure sollicitée par M. A... présente un caractère utile, dès lors que, d’une part, elle lui permettra de justifier de son droit au séjour et au travail en France et que, d’autre part, les services de la préfecture du Val-d’Oise n’ont pas donné suite à sa demande de renouvellement de titre de séjour. Dans ces conditions, la demande du requérant revêt les caractéristiques d’une situation d’urgence, présente un caractère d’utilité et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

8. Il résulte toutefois de l’instruction que M. A... a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour le 1er décembre 2025 et que son dossier est réputé complet et présenté selon les formes requises, faute d’indication contraire en défense. En ne statuant pas sur la demande du 1er décembre 2025 dans un délai de quatre mois, conformément aux dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, une décision implicite de rejet de la demande de M. A... est née le 1er avril 2026. Si, sur invitation de la préfecture, il a renouvelé sa demande par voie de pli recommandé avec accusé de réception, il n’a cependant été reçu que le 24 avril 2026, soit postérieurement à la naissance de la décision implicite de rejet. Dès lors que la mesure demandée n’aurait pas pour effet de prévenir un péril grave, la condition posée à l’article L. 521-3 du code de justice administrative, tenant à ce que la mesure demandée ne fasse pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative, n’est ainsi pas remplie.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.







O R D O N N E :


La requête de M. A... est rejetée.
La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.

Fait à Cergy, le 1er juillet 2026.

La juge des référés,

signé

E. Rolin


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.