Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2613865

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2613865
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOURKIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2026, Mme A... B..., représentée par Me Bourkia, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer une date de rendez-vous lui permettant de déposer une demande de carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et, sous réserve de la complétude de son dossier, de lui délivrer le récépissé correspondant à cette demande dans un délai de huit jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’elle est privée de toute possibilité de déposer sa demande de titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile puisque la procédure en ligne proposée par la préfecture des Hauts-de-Seine la renvoie vers une procédure de pré-examen d’une demande d’admission exceptionnelle au séjour fondée sur l’article L. 435-1 du même code, que la présente requête est formée à la suite de circonstances postérieures à l’ordonnance du 12 mai 2026 par laquelle le juge des référés du tribunal de céans a rejeté sa demande au motif qu’elle n’établissait pas la nécessité d’un document de séjour pour s’inscrire dans l’établissement d’enseignement supérieur privé ayant accepté sa candidature et qu’il lui serait loisible de déposer une demande de titre de séjour portant la mention « étudiant » par le biais de la plateforme de l’Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), que, en effet, l’établissement d’enseignement supérieur privé précité lui a confirmé par écrit que son inscription pour l’année 2026-2027 était conditionnée à la détention d’un titre de séjour et que la plateforme de l’ANEF ne permet pas aux ressortissants marocains de déposer une demande de titre de séjour portant la mention « étudiant », que ce blocage administratif la maintient en situation irrégulière alors même qu’elle réside en France depuis 2019 et poursuit une trajectoire cohérente d’insertion ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors qu’elle apparait comme l’unique voie de droit pour défendre ses intérêts ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robert, premier conseiller, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme A... B..., ressortissante marocaine née le 21 juillet 2003, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de la convoquer afin qu’elle puisse déposer une demande de carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et, dans le cas où son dossier serait complet, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire (…) ». Aux termes de l’article L. 521-3 du même code : « En cas d’urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». Aux termes de l’article L. 522-3 dudit code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».

3. Saisi sur le fondement des dispositions précitées de l’article L. 521-3 du code de justice administrative d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l’article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521 1 et L. 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu’après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d’être dit que si l’étranger établit n’avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l’occasion de plusieurs tentatives n’ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.

5. Pour justifier de l’urgence et de la nécessité de prononcer l’injonction sollicitée, Mme B... soutient qu’elle est entrée sur le territoire français le 3 novembre 2019 à l’âge de 16 ans, qu’elle réside depuis lors chez sa tante, qu’elle est actuellement inscrite en deuxième année de BTS et qu’elle souhaite poursuivre ses études dans un établissement d’enseignement supérieur privé qui exige la production d’un titre de séjour afin de valider son inscription au titre de l’année 2026-2027. Toutefois, bien qu’elle soit majeure depuis juillet 2021, Mme B... ne fait état d’aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative avant janvier 2026. Dans ces conditions, le comportement de Mme B... ne révèle pas l’existence d’une situation d’urgence particulière impliquant que sa demande de titre de séjour, qui, quelque soit le fondement sollicité, a le caractère d’une première demande et non d’un renouvellement, soit examinée prioritairement par rapport à celle d’autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation. Au surplus, si elle se prévaut de son insertion et des études qu’elle souhaite poursuivre en France, Mme B... n’établit, ni même n’allègue, l’existence d’obstacles réels et sérieux à un retour temporaire dans son pays d’origine afin d’y solliciter, auprès du consulat, le visa de long séjour valant titre de séjour correspondant à sa situation. Dès lors, la condition d’urgence à laquelle les dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée en toutes ses conclusions en application des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.




O R D O N N E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.







Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 1er juillet 2026.

Le juge des référés,

Signé
M. Robert


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.