Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2614081

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2614081
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCHAIB HIDOUCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 24 juin 2026, Mme B... A..., représentée par Me Chaib Hidouci, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°)
d’ordonner au préfet de la convoquer à un rendez-vous en préfecture dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance afin de lui délivrer une carte de séjour « vie privée et familiale », conformément à sa situation ;

2°)
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :

-
la condition d’urgence est remplie eu égard à sa situation professionnelle et financière, dès lors qu’elle a été contrainte de renoncer à une opportunité professionnelle en décembre 2025 compte tenu de l’expiration de son titre de séjour, que ses droits d’allocation chômage et son inscription sur la liste des demandeurs d’emploi ont été résiliés le 12 janvier 2026, cette situation réduisant à néant les investissements considérables qu’elle a consentis depuis plusieurs années et ayant des conséquences financières d’une particulière gravité dans la mesure où seul son conjoint peut travailler, et ce, alors qu’elle a effectué toutes les diligences nécessaires en vue d’obtenir le renouvellement de son titre ; par ailleurs, l’urgence est caractérisée du fait des répercussions sur sa situation administrative et son droit de mener une vie familiale normale, dès lors qu’elle est pacsée avec un ressortissant français depuis le 18 septembre 2025 et qu’elle ne peut retourner voir ses proches en Corée du Sud, alors qu’elle a planifié, de longue date, un voyage fin juillet ;
-
la mesure sollicitée est utile, dès lors qu’elle a accompli l’ensemble des diligences exigées et qu’elle a effectué plusieurs relances auprès de la préfecture, sans réponse ;
-
la mesure sollicitée ne soulève pas de contestation sérieuse ;
-
la mesure sollicitée ne se heurte à aucune décision, dès lors qu’aucun rejet n’est intervenu dans ce dossier et qu’elle ne préjuge en rien de la décision finale que prendra la préfecture sur son droit au séjour.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
-
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-
le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné M. Chabauty, premier conseiller, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.




Considérant ce qui suit :


Mme B... A..., ressortissante sud-coréenne née le 6 janvier 1997, s’est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » valable du 13 janvier 2025 au 12 janvier 2026. Le 5 novembre 2025, elle a déposé une demande de premier titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine, au moyen de la plateforme « demarche.numerique.gouv.fr ». Par la présente requête, Mme A... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’ordonner au préfet des Hauts-de-Seine de la convoquer afin de lui délivrer une carte de séjour portant la mention « vie privée et familiale ».

Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. (…) ». Aux termes de l’article L. 521-3 du même code : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ». Enfin, aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ».

Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l’article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

Il résulte des dispositions précitées de l’article L. 511-1 du code de justice administrative et de ce qui est énoncé au point précédent que le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du même code, ne peut ordonner que des mesures présentant un caractère provisoire ou conservatoire. Il suit de là que le juge des référés ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une injonction tendant à l’édiction de mesures définitives.

Mme A... demande à ce qu’il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de la convoquer afin de lui délivrer une carte de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Toutefois, la délivrance d’un titre de séjour présente un caractère définitif. Dès lors, la demande de la requérante excède la compétence du juge des référés. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.

Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de rejeter la requête de Mme A... en toutes ses conclusions, par application des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.



O R D O N N E :



Article 1er :
La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 :
La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A....

Copie en sera adressée, pour information, au préfet des Hauts-de-Seine.


Fait à Cergy, le 1er juillet 2026.

Le juge des référés,


signé


C. Chabauty

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.