Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2614145

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2614145
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKABSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 24 juin 2026, M. A... B..., représenté par Me Kabsi, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°)
d’ordonner la suspension de l’arrêté d’assignation à résidence du 8 juin 2026 pris à son encontre, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la requête en annulation ;

2°)
d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de cesser immédiatement de faire application des obligations de l’arrêté d’assignation à résidence pris à son encontre ;

3°)
de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :

la condition d’urgence est remplie, dès lors que, en premier lieu, la décision contestée porte une atteinte grave et immédiate à sa vie familiale, alors qu’il est le père d’un enfant français mineur avec lequel il entretient des liens affectifs étroits, qu’il est un père présent, impliqué dans la scolarité, les activités extrascolaires et les rendez-vous médicaux de son fils et qu’il participe à l’entretien de ce dernier ; par ailleurs, il aide sa compagne dans la prise en charge quotidienne de leur fils, notamment en raison des contraintes professionnelles de l’intéressée ; enfin, les contraintes qui lui sont imposées compromettent sa capacité à accepter les opportunités professionnelles qui se présentent à lui ; en deuxième lieu, la décision contestée porte une atteinte au parcours thérapeutique qu’il a engagé afin de traiter son addiction à l’alcool, cette prise en charge constituant un élément essentiel de sa réinsertion sociale et de la prévention de toute réitération ; en troisième lieu, cette décision compromet ses perspectives de réinsertion professionnelle, dont il résulte un préjudice économique et social immédiat pour lui et son foyer ; enfin, la mesure ayant vocation à produire ses effets pendant une période relativement courte, attendre l’issue du recours au fond reviendrait à priver ce dernier d’une large part de son utilité ;

il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
elle a été prise par une autorité incompétente pour ce faire ;
elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux et particulier de sa situation ;
elle est entachée d’une erreur de droit, en ce qu’elle repose sur une appréciation erronée des conditions légales permettant de prononcer une assignation à résidence ; en effet, le préfet ne caractérise nullement l’existence d’une menace actuelle pour l’ordre public ;
elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard de l’atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales


Vu :
les autres pièces du dossier ;
la requête n° 2614110, enregistrée le 24 juin 2026, par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision contestée.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné M. Chabauty, premier conseiller, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.




Considérant ce qui suit :


Par un premier arrêté du 29 avril 2026, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé l’expulsion du territoire français de M. A... B..., ressortissant tunisien né le 16 juin 1981. Par un second arrêté du 8 juin 2026, le préfet des Hauts-de-Seine a assigné l’intéressé à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. Par la présente requête, M. B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de ce second arrêté.

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».

Il résulte des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative que l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d’un acte administratif, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire. Enfin, elle doit être appréciée à la date à laquelle le juge des référés statue.

Il ressort des termes de l’arrêté attaqué que M. B... est assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois, et que, dans ce cadre, d’une part, il est astreint à demeurer dans le lieu où sa résidence est fixée, sis 11, rue du Bac d’Asnières à Clichy (Hauts-de-Seine), chaque vendredi de 19h00 à 20h00 et chaque samedi de 8h00 à 10h00 et, d’autre part, il devra se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi, sauf les jours fériés, à 10h00 au commissariat de Clichy. Pour justifier de l’urgence qu’il y aurait à suspendre l’exécution de la décision contestée, M. B... fait valoir, en premier lieu, que cette décision porte une atteinte grave et immédiate à sa vie familiale, dès lors qu’il est le père d’un enfant français mineur, qu’il est impliqué dans la scolarité, les activités extrascolaires et les rendez-vous médicaux de son fils, qu’il participe à l’entretien de ce dernier et qu’il aide sa compagne dans la prise en charge quotidienne de leur fils, notamment en raison des contraintes professionnelles de cette dernière. Toutefois, alors qu’il résulte de l’instruction qu’il réside avec sa compagne et leur fils au 11, rue du Bac d’Asnières à Clichy, le requérant ne justifie pas en quoi les mesures auxquelles il est astreint, rappelées supra, l’empêcheraient de s’occuper au quotidien de son fils, avec lequel il vit. En deuxième lieu, si M. B... fait valoir que la décision contestée porte une atteinte au parcours thérapeutique qu’il a engagé afin de traiter son addiction à l’alcool, il ne l’établit pas en se bornant à produire, d’une part, une attestation établie par une psychologue clinicienne qui exerce à Clichy, soit dans la ville où il réside et dans le périmètre de son assignation à résidence, et, d’autre part, une attestation établie par un psychologue-psychothérapeute exerçant à Paris le 13 février 2026, soit il y a plus de quatre mois à la date de l’introduction de la présente requête. En troisième lieu, si le requérant fait valoir que la décision litigieuse compromet ses perspectives de réinsertion professionnelle, dont il résulte un préjudice économique et social immédiat pour lui et son foyer, il ne justifie actuellement d’aucune activité professionnelle, ni de perspective d’embauche, le dernier bulletin de salaire qu’il produit datant du mois de janvier 2024 pour une activité en intérim de manutention. Enfin, l’intéressé ne peut utilement se prévaloir de la longueur du délai dans lequel sera examinée sa requête tendant à l’annulation de la décision litigieuse, cette circonstance étant sans lien avec l’exécution de cette décision. Dans ces conditions, M. B... n’établit pas que l’exécution de la décision attaquée porterait atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à sa situation ou à ses intérêts. Par suite, dans les circonstances de l’espèce, la condition d’urgence, au sens des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme remplie.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner s’il existe, au regard du moyen invoqué, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, qu’il y a lieu de rejeter la requête de M. B... en toutes ses conclusions, par application des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.



O R D O N N E :



Article 1er :
La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 :
La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....

Copie en sera adressée, pour information, au préfet des Hauts-de-Seine.


Fait à Cergy, le 1er juillet 2026.

Le juge des référés,


signé


C. Chabauty

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.