Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2614179

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2614179
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLENOUVEL ALVAREZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 25 juin 2026, M. A... B..., représenté par Me Lenouvel Alvarez, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°)
de suspendre l’arrêté du 13 janvier 2026 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°)
de suspendre l’arrêté du 13 janvier 2026 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a interdit de retourner sur le territoire français, a fixé la durée de cette interdiction à une année et l’a assorti d’un signalement au sein du système d’information Schengen aux fins de non-admission ;

3°)
d’enjoindre au préfet de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer, dans le délai de huit jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour dans l’attente, portant autorisation de travail ;

4°)
d’enjoindre au préfet de supprimer son signalement au sein du système d’information Schengen aux fins de non-admission, dans le délai d’un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°)
de condamner l’Etat à lui verser la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Il soutient que :

la condition d’urgence est remplie, dès lors qu’il a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour portant la mention « salarié » et que l’urgence est présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour ; par ailleurs, il remplit l’intégralité des conditions pour ledit renouvellement ; en outre, sans document provisoire de séjour l’autorisant à travailler, son employeur sera contraint de suspendre son contrat de travail, alors qu’il est parfaitement inséré professionnellement depuis plusieurs années, ce qui l’exposera à une grave situation de précarité dans la mesure où il ne pourra plus assurer le règlement de son loyer et risque de perdre ses droits à l’assurance maladie ; enfin, cette situation impacte fortement son état psychologique ;

il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté litigieux :

S’agissant de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
son signataire n’avait pas compétence pour la prendre ;
elle est entachée d’un défaut de motivation, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration ;
elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux et attentif de sa demande, dès lors que sa situation personnelle n’a pas fait l’objet d’un examen effectif de la part du préfet ; en effet, le préfet a initialement refusé de lui communiquer cette décision, il réside en France depuis presque dix années, il démontre une insertion professionnelle depuis le 5 juillet 2018 et son employeur a sollicité une autorisation de travail mais n’a reçu aucune réponse ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et a été prise en violation des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il remplit l’ensemble des critères pour se voir renouveler son titre de séjour ; en effet, il réside en France depuis presque dix années, il démontre une insertion professionnelle depuis le 5 juillet 2018, il est titulaire d’un diplôme d’entretien technique, réparation et exploitation de véhicules et est particulièrement compétent dans son domaine, il travaille depuis le 9 septembre 2024 au sein de la société « Promeca » en contrat de travail à durée indéterminée en qualité de préparateur/peintre automobile et il est fortement soutenu par son employeur qui, depuis l’expiration de son titre de séjour, a déposé une demande d’autorisation de travail à son profit les 15 mai 2025 et 26 septembre 2025 ; si ces demandes d’autorisation de travail n’ont pu aboutir, c’est qu’il n’est pas parvenu à renouveler son dernier récépissé en raison de la défaillance des services préfectoraux ;
elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dès lors qu’elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts et motifs en vue desquels elle a été prise ; en effet, il réside en France depuis presque dix années et démontre une insertion professionnelle depuis le 5 juillet 2018 ;

S’agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
son signataire n’avait pas compétence pour les prendre ;
elles sont entachées d’un défaut de motivation, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration ;
elles sont entachées d’un défaut d’examen sérieux et attentif de sa demande ;
elles sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation et ont été prises en violation du 3° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elles ont été prises en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

S’agissant des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’une année et signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen :
son signataire n’avait pas compétence pour les prendre ;
elles sont entachées d’un défaut de motivation, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration ;
elles sont entachées d’un défaut d’examen sérieux et attentif de sa demande ;
elles sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation et ont été prises en violation des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elles ont été prises en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Vu :
les autres pièces du dossier ;
la requête n° 2604223, enregistrée le 26 février 2026, par laquelle M. B... demande l’annulation de l’arrêté attaqué.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chabauty, premier conseiller, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.




Considérant ce qui suit :


M. A... B..., ressortissant kazakh né le 10 janvier 1994, s’est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » valable du 30 août 2022 au 29 août 2023, dont il a demandé le renouvellement. Par un arrêté du 13 janvier 2026, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d’un an. Par la présente requête, M. B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de cet arrêté.

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français :

Aux termes de l’article L. 722-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. (…) ». Aux termes de l’article L. 722-8 du même code : « Lorsque l'étranger ne peut être éloigné en exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne peut pas procéder à l'exécution d'office de l'interdiction de retour assortissant cette obligation de quitter le territoire français ».

Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d’une requête en annulation d’un arrêté portant obligation de quitter le territoire français suspend l’exécution de cette décision ainsi que, par voie de conséquence, des décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français.

Le 26 février 2026, M. B... a saisi le présent tribunal d’une requête tendant à l’annulation de l’arrêté litigieux. Le dépôt de cette requête à fin d’annulation a eu pour effet de suspendre l’exécution de l’obligation faite à l’intéressé de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination et de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée d’un an. Il ne saurait donc être demandé au juge des référés de suspendre l'exécution de décisions dont le recours en annulation formé contre elles a déjà entraîné cet effet suspensif. Par suite, les conclusions de M. B... tendant à la suspension de l’exécution de ces décisions sont manifestement irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. B..., visés ci-dessus, ne paraît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 13 janvier 2026 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée en toutes ses conclusions, par application des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.



O R D O N N E :



Article 1er :
La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 :
La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....

Copie en sera adressée, pour information, au préfet des Hauts-de-Seine.


Fait à Cergy, le 1er juillet 2026.

Le juge des référés,


signé


C. Chabauty

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.